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Mandement de rémission pour Jehan de Vino

Registre B33 Lettre n° 16

03/04/1530 [03/04/1531]

<53 recto>
Mandement d'athache a une remission
pour Jehan de Vino, l'adressé au senechal
de Ploermel, ladite remission impetree
a Angoulesme pour l'entree de la reine,
dont la teneur ensuilt.
[1]
Eleonor, par la grace de dieu, royne de France,
[2]
a touz presens et a venir, salut. Comme suivant les previlleges
[3]
et arrectez a nous octroyez par mon Sr le roy et ce que
[4]
noz predecesseresses roynes ont acoustumé fere en ce
[5]
royaulme de France, ayons a notre nouvelle venue en iceluy
[6]
royaume et premiere entree en la ville d'Angoulesme usant de
[7]
sesdites previlleges et droictz faict ouvrir les prisons dudit
[8]
lieu et faict eslargir et delivrer tous et chacuns les prisonniers
[9]
estans esdites prisons pour leur faire grace et remission
[10]
selon nosdites previlleges entre lesquelz prisonniers <53 verso>
[11]
y trouvez et delivrez y estoit ung nommé Jehan de Vino,
[12]
escuyer, aigé de vingt huit ans ou envyron, natif
[13]
du Chanchys, parroisse de Meneac, pour le cas cy
[14]
apres declairé. C'est assavoir que deux ans et demy y a
[15]
ou envyron, luy estant lors de vingt cinq ans et
[16]
demy ou envyron et soulz la charge du Sr de Kerlan
[17]
de Kerahart, capitaine de mer sur les costes et havres
[18]
de Bretaigne, et illecq tenant convoy aux marchans
[19]
de Bretaigne et pour aller seurement a leurs marchandises
[20]
sur mer de paour des ennemys soulz le Sr de Laval,
[21]
lieutenant general de mondit Sr le roy audit pays et duché
[22]
de Bretaigne, ledit supliant avecq ledit Kerahart, son
[23]
capitaine, et pluseurs autres gens de guerre de
[24]
la compaignie apres avoir esté par pluseurs journees
[25]
sur mer et chassé les ennemys, se seront trouvez tous las
[26]
et fatiguez, et retirez a terre en ung havre de la coste de
[27]
Bretaigne entre les isles de Groye et de Mons et de
[28]
Bourg nouveau pour eulx refreschir et avitailler leurs
[29]
navires et apres estre descenduz a terre, ung nommé
[30]
Francois, ung autre nommé Claude et aultres compaignons
[31]
de guerre s'en allerent boire en quelque taverne ou ilz
[32]
furent jucques a la nuyct ou envyron qu'ilz se retirerent
[33]
en leur navire, monterent sur le Gaillart, le navire,
[34]
se prindrent a dancer, saulter et fere gros bruict de sorte
[35]
que ledit Kerlant, cappitaine , qui estoit en son repos, leur
[36]
commanda pluseurs foiz de eulx taire dont ilz ne
[37]
tindrent compte, mais s'efforcerent dancer et mener
[38]
bruict de plus en plus au moyen de quoy ledit Kerlant,
[39]
cappitaine se leva, print son espee et s'en alla audit Gaillard .
[40]
Quoy voyant par ledit suppliant et deux aultres
[41]
gentilzhommes de la bande allerent avecq ledit cappitaine
[42]
pour obvier* qu'il n'y eust noyse et fascherie et
[43]
apres qu'ilz furent entrez audit Gaillard, ledit suppliant
[44]
craignant que lesdits compaignons, oultraigeassent
[45]
ledit cappitaine, bailla ung coup du pommeau de son
[46]
espee sur ladite teste dudit Francois, l'un desdits compagnons
[47]
non pensant le bleczer. Aussi, a la verité dudit coup,
[48]
ne fut comme riens blessé et apres pluseurs <53 recto>
[49]
parrolles et remonstrance, lesdits cappitaine, suppliant et deux
[50]
gentilzhommes se retirerent, mais lesdits Francois, Claude
[51]
et aultres compaignons de guerre menasserent fort ledit
[52]
suppliant de le tuer. Et le lendemain, envyron huit heures
[53]
du matin, ledit suppliant remonstra ausdits compaignons de guerre
[54]
qu'ilz ne avoint occasion de le menacer de ce qu'il avoit
[55]
faict, avoit esté pour le mieulx et pour obvier a plus
[56]
grosse noyse et inconvenient et qu'il ne pensoit
[57]
avoir blessé ledit Francois. Mais, ce nonobstant lesdits
[58]
compaignons de guerre continuerent tousiours lesdites menasses,
[59]
mesmes ledit Claude, en jurant le sang notre seigneur,
[60]
et desmantant ledit suppliant, luy feist pluseurs grosses
[61]
menasses de le tuer et ce voyant par ledit suppliant
[62]
craignant lesdits Claude et compaignons de guerre qu'ilz
[63]
missent a execution leurs menasses, desgaynna son
[64]
espee et en desgaynnant, bailla ung coup de taille audit
[65]
Claude sur l'espaulle et pour ce que ledit Claude desgayna
[66]
tout soudain et s'esforcza ruer sur ledit suppliant et de faict
[67]
l'eust tué, n'eust esté que ledit suppliant recouvra hastivement
[68]
et rua ung coup d'estoc audit Claude duquel coup,
[69]
par malavanture, il actaignit au ventre pres du
[70]
nombril, et troys sepmaines apres ou envyron, par
[71]
faulte de bon aparreil, gouvernement ou autrement,
[72]
il seroit allé de vie a trespas. Et oultre que
[73]
troys ans y a ou envyron demy an ou envyron auparavant
[74]
ledit cas avenu ledit suppliant acompaigné de dom Robert
[75]
Loro prebtre, Guillaume Torbo et aultres gens avecques lesquelz
[76]
ledit supliant avoit affaire quelque appoinctement, s'en
[77]
allerent en la maison de Kerro Houleux, tavernier
[78]
vendant pain, vin ou bourg de Meniac, ou arrivez,
[79]
entrerent ou jardoin de ladite maison ou ilz beurent,
[80]
et comme ilz beuvoint illec ensemble et faisoint leurdit
[81]
appoinctement, ung nommé Guillot Courtet qui beuvoit
[82]
a une aultre table oudit jardoin, manda audit supliant,
[83]
comme par maniere de mocquerie, que il beuvoit
[84]
a luy, et incontinent ledit supliant qui ne pensoit a ce,
[85]
adverty par aucuns que ledit Courtet se ryoit et
[86]
mocquoyt de luy, de ce courroussé et marry, se leva
[87]
et alla audit Courtet et luy dist qu'il estoit bien <53 verso>
[88]
glorieux et qu'il luy abatroit bien sa gloire et
[89]
sur ce l'empoigna aux cheveulx, faisant semblant
[90]
de le voulloir tondre et y tirant son espee
[91]
elle luy tomba entre les jambes dudit Courtet, lequel
[92]
en fut quelque peu blessé et ne luy fit autre
[93]
chose pour l'heure quoy que soit dont il fust
[94]
anormement mutillé et s'en retourna ledit supliant
[95]
en sa table. Neantmoins, ledit Courtet s'en alla plaindre
[96]
a ung nommé Julien Boudier, Sr de Villetual, a present
[97]
deffunct qui en son vivant estoit homme fort noisif
[98]
et querelleux, yvrougné et mal complexionné,
[99]
lequel incontinent acompaigné de pluseurs vint
[100]
audit lieu ou beuvoit ledit supliant et il de ce adverty
[101]
saillit dehors et alla au devant dudit de Villetual
[102]
et luy demanda s'il voulloit pas boyre, lequel
[103]
respondit que oy et s'en entrerent en ladite maison
[104]
dudit Houleux ou ledit suppliant poya ung pot de vin
[105]
qu'ilz beurent ensemble sans noyse aucune et
[106]
pendant celuy, compta ledit suppliant le debat qu'il
[107]
avoit eu avecq ledit Courtet, et peu de temps
[108]
apres ledit de Villetual mal meu dist audit suppliant
[109]
telles ou semblables parrolles : « Par le sang dieu !
[110]
vous avez blessé l'homme de beau frere, vous en
[111]
repentirez. »
Et en ce disant, le print aux cheveulx
[112]
et ledit suppliant voyant estre assailly, print parrellement
[113]
ledit de Villetual aux cheveux et advisa ung
[114]
petit couteau sur la table duquel il cuyda
[115]
frapper ledit de Villetual, touteffoiz, ne luy toucha
[116]
au moyen que l'hostesse, femme dudit Houleux, lui osta
[117]
et les departit, et s'en allerent ensemble murmurant
[118]
l'un contre l'autre jucques a ung gect de pierre
[119]
de ladite maison dudit Heuleux, pres le cymytiere tant
[120]
que ledit de Villetual vint derechef assaillir et praindre
[121]
ledit suppliant aux cheveux et le courba tant qu'ilz
[122]
cheurent ensemble et eulx relevez s'entre-
[123]
rempoignerent et tira ledit supliant ung petit
[124]
cousteau qu'il avoit duquel il donna ung coup
[125]
audit de Villetual au derriere de la teste. Touteffoiz, n'en fut <54 recto>
[126]
fort blessé et sur ce point s'entrelaisserent et
[127]
s'en alla ledit de Villetual au cymitiere et apres quelz ques
[128]
menaces dictes l'ung a l'autre s'en allerent chacun de son
[129]
costé. Et deux ans apres ou envyron estant ledit
[130]
suppliant de retour de la mer ou il fut longtemps, comme
[131]
dict est, il estant a l'hostellerie de Ollyvier
[132]
Gesfroy, hostellier dudit Meneac ou il beuvoit avecq
[133]
ledit Gerffroy et sa femme faisant accord ensemble
[134]
de certaines dixmes dont ilz avoint quelque
[135]
differend, sourvict ledit Boudier, Sr de Villetual que ledit
[136]
suppliant prya de boyre avecq eulx ce qu'il fist et
[137]
s'entredonnerent chacun ung pot de vin qu'ilz beurent
[138]
ensemble, sans noise, ny debat, ny aucunes rigoureuses
[139]
parrolles et apres avoir beu, s'en allerent et conduisit
[140]
la femme dudit Geoffroy ledit de Villetual parce qu'il
[141]
estoit ja fort troublé de vin jucques pres la maison
[142]
de Julien Liboux, et ledit suppliant avecques ledit Geoffroy
[143]
s'en allerent d'un autre cousté vers la maison de
[144]
Ker Heuleux ou ilz entrerent et tantost apres
[145]
y arryva ledit de Villetual tout yvre, ne sceit ledit
[146]
supliant quelle cause luy amenoit, actendu qu'ilz avoint
[147]
prins congié l'un de l'autre et se commancza ledit supliant
[148]
a dobter et craindre qu'il luy vouseist quelque mal
[149]
au moyen de la hayne qu'ilz avoint longtemps eut
[150]
ensemble ou autrement et demanda ledit de Villetual
[151]
quoy luy tirast quarte et qu'il voulloit boyre aveques
[152]
ledit supliant, de quoy ledit supliant respondit qu'il ne
[153]
beuvoit plus et que le vin estoit troublé. Touteffoiz la
[154]
femme dudit Heuleux pour contanter ledit de Villetual
[155]
qui l'oppressoit a ce fere, luy tira en ung voyre
[156]
dont il beut et au moyen de ce qu'il ne le trouva
[157]
bon, s'en ysserent luy et ledit supliant ensemble, et eulx
[158]
en allant Comme ilz furent pres du cymitiere, eurent
[159]
quelques parrolles dont s'esmeut noyse entreulx
[160]
et au moyen des grosses parrolles que ledit de Villetual
[161]
disoit audit supliant qui le provocquoint a fureur <54 verso>
[162]
craignant iceluy supliant ledit de Villetual qui estoit
[163]
yvre et fort troublé de vin, querrelleux et oultraigeux
[164]
comme dit est et coustumier de baptre et frapper quant
[165]
il avoit beu et aussi qu'il avoit espee et poignart,
[166]
doubtant que de ce le voulseist frapper et oultraiger,
[167]
tira son espee et luy en donna aucuns coups et en
[168]
se joignant a luy, luy osta son poignart duquel
[169]
parreillement luy bailla pluseurs coups et
[170]
ce faict, ledit suppliant le laissa, et en s'en allant
[171]
vers ledit de Villetual, tomba a terre. Et tantost
[172]
apres, ledit suppliant adverty qu'on le serchoit
[173]
et qu'on amassoit des gens pour le prandre, s'en alla
[174]
et en passant par devant la maison d'un nommé
[175]
Fleury [??], appella ledit Fleury et luy prya aller
[176]
querir son cheval qui estoit aux champs ce qu'il
[177]
feit et il arryvé, ledit supliant monta dessus et s'en
[178]
retourna audit bourg de Meneac querir une
[179]
javeline de barde* qu'il avoit laissee en la
[180]
maison dudit Kerr Heuleux et lors oyt dire que
[181]
ledit de Villetual estoit en la maison d'un homme
[182]
Quylio et qu'il se mouroit et comme ledit supliant
[183]
s'en alloit devers la maison diceluy Quilyo
[184]
pour en savoir la verité, recontra en son chemyn Vincent
[185]
Lannoy et Julien Fourre, et doubtant qu'ilz s'asemblassoint
[186]
pour le devoir prandre, ainsi que dict est, picqua vers
[187]
eulx faignant les voulloir frapper, touteffoiz n'en
[188]
avoigt nul tallant, mais seullement pour leur fere
[189]
paour et les faire departir, et par quoy ilz s'en
[190]
fouyrent et ne leur toucha iceluy supliant
[191]
aucunement, et de la ledit supliant alla vers
[192]
la maison dudit Quilyo ou il ouyt parler ledit
[193]
de Villetual et frappa de sa javeline contre la
[194]
fenestre de ladite maison disant quoy luy ouvroist
[195]
et que par le sang dieu qu'il l'acheveroit, toutesfoiz
[196]
ne fist grant esfort d'entrer dedans car aussi
[197]
n'en avoit-il nul voulloir, ains estoit fort desplaisant <55 recto>
[198]
et se repentoit en son couraige d'en avoir tant faict,
[199]
et comme il s'en retournoit pour s'esvader sadite javeline
[200]
luy cheut a terre et appela ung homme, marchant de
[201]
vesselle de boys, duquel il ne sceit le nom et
[202]
auquel il dist dist[sic] qu'il luy dressast sadite javeline,
[203]
ce qu'il ne voullut fere, au moyen de quoy ledit supliant
[204]
qui lors estoit fort mary et couroussé du cas qu'il
[205]
avoit faict paravant, luy donna aucuns coups de la
[206]
haute de sadite javelyne, touteffoiz ne le navrit
[207]
ne mutillit aucunement. Et depuix a ledit supliant
[208]
ouy dire que au moyen des coups par luy donnez a
[209]
chaulde colle audit de Villetual, ainsi que dit est,
[210]
ledit jour mesmes ala de vie a trespas et pour
[211]
occasion desquelz cas, ledit supliant craignant rigueur
[212]
de justice se seroit absenté de Bretaigne et du royaume
[213]
ou il n'oseroit bonnement converser, repairer, ny
[214]
demourer si noz grace et miserricorde ne luy
[215]
estoit impartie en nous humblement requerant que,
[216]
actendu ce que dict est et que en tous aultres cas
[217]
ledit supliant est bien famé et renommé sans jamais avoir esté
[218]
actainct ne convaincu d'aulcun aultre villain cas, blasme
[219]
ou reproche, nous luy vueillons en usant de nosdits droictz
[220]
et auctorité luy impartir nosdites grace et remission et pardon.
[221]
Pourquoy, nous ces choses considerees usant de nosdits
[222]
previlleges et droictz a notredite premiere venue et entree
[223]
en ladite ville d'Angoulesme voullans en ce preferer
[224]
misericorde a rigueur de justice audit suppliant avons quicté,
[225]
remis et pardonné, et par ces presentes quictons, remectons et
[226]
pardonnons les faictz et cas dessurdits avecq toute
[227]
amande et offence corporelle, criminelle et civille, en quoy
[228]
et pour occasion desdits cas il pouroit estre encouru envers
[229]
mondit Sr le roy et justice en mectant au neant tous
[230]
appeaulx, ajournemens, deffaulx, proces et bannissement
[231]
et procedeures queulx conques et tout ce que pour
[232]
occasion desdits cas s'en pouront estre ensuyvy, mis ou donné
[233]
contre, et l'avons remis et restitué, remectons et
[234]
restituons a sa bonne fame et renommee au pais et a ses biens non
[235]
confisquez, satisfaction faicte a partir civillement tant <55 verso>
[236]
seullement si faicte n'estes, et sur ce imposons
[237]
sillence perpetuel au procureur general de mondit Sr
[238]
le roy, present et a venir, et a tous aultres si donnons
[239]
en mandement par cesdites presentes au senechal de Plouermel ou
[240]
a son lieutenant en la juridicion duquel ledit cas est
[241]
advenu, et a tous les autres justiciers et officiers ou a leurs
[242]
lieutenants et a chacun d'eulx [??] a luy apartiendra
[243]
que de noz presentes, grace, quictance, remission et pardon
[244]
ilz facent, seusfrent et laissent ledit supliant joyr, user
[245]
plainement et paisiblement sans luy mectre ou
[246]
donner ne souffrir, et ce faict, mis ou donné ores ne
[247]
pour le temps advenir aucun arrest destourbier* ou
[248]
empeschement en corps ne en biens en aucune maniere,
[249]
lequel si faict mis ou donné luy avoit esté ou estoit,
[250]
le mectent ou facent incontinent et sans delay
[251]
a plaine delivrance et au premier estat de ce, et
[252]
affin que ce soit chose ferme et estable a tousiours, nous
[253]
avons faict mectre notre seel a cesdites presentes sauff
[254]
en aultres choses le droit de mondit Sr le roy le notre
[255]
et l'autruy en toutes. Donné audit Angoulesme ou
[256]
moys de juillet l'an de grace mil cinq cens trante.
[257]
Ainsi signé sur le replit : par la royne, Gaultier ;
[258]
et seellé en cyre rouge.

De Kerguern