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Rémission pour Loys Rengeard

Registre B33 Lettre n° 18

20/04/1531

<61 recto>
Remission pour Loys Rengeard de
meurtre commis par ledit Rengeard en la
personne d'un Normans, la verification au seneschal
de Nantes dont la teneur ensuilt.
[1]
Francois, etc, savoir faisons a tous presens et advenir, nous
[2]
avoir receu l'humble supplication et requeste des parens et
[3]
amys consanguins de notre pouvre subgect Loys Rengears, jeune
[4]
homme, marinié, demourant a Bourgneuf en Rays, Contenant comme
[5]
le premier dymanche de la Passion dernier passé, arriverent
[6]
au port et havre dudit Bourgneuf, une flote de navires normans
[7]
jucques au numbre de quarante ou cinquante pour
[8]
achapter et charger du seel, et apres ladite arrivee descendirent
[9]
et vindrent en la ville dudit Bourgneuff grant numbre des gens <61 verso>
[10]
et mariniers desdits navires qui beurent et mengerent parr
[11]
les tavernes et hosteleries dudit lieu et s'enyvrerent partie d'eulx
[12]
entre lesquelz et aucuns des habitans dudit Bourgneuf sourdit
[13]
noise et debat tellement que deux ou troys desdits demourans a
[14]
Bourgneuf furent bleczez de coups d'espees ou pougnars par lesdits
[15]
Normans, et le lendemain qu'estoit le lundy XXVIIe de mars
[16]
dernier, se trouverent en ladite ville de Bourgneuf en la maison ou
[17]
demeurerent Pierres Pillays et sa femme tenant taverne et hostelerie,
[18]
deux de sesdits Normans, et sur quelques parrolles que lesdits Normans
[19]
ou l'un deulx dirent a ladite femme Pillays contre son honneur
[20]
ainsi que ouyt par apres dire ledit Rengeard, s'esmeut noyse
[21]
et grant bruit entre elle et lesdits Normans tellement que ledit
[22]
Rengeard et ung nommé Pierres Royer et autres dudit Bourgneuff
[23]
illecq estans en une chambre haulte de ladite maison
[24]
a boire et fere quelzques marchez, ouyrent ledit bruyct et
[25]
en l'instant esperant fere cesser ledit bruyt et debat, descendirent
[26]
lesdits Rengeard et Royer ayant ledit Rengeard en sa main ung
[27]
manche de ferree qu'il print d'un nommé Julien Gary qu'estoit avec
[28]
eulx a boyre en ladite chambre haulte, et eulx descenduz, ouyt
[29]
que ladite femme Pillays avoit noyse et querelle a l'un desdits
[30]
Normans luy disant que se fust adreczé ailleurs et que ce
[31]
n'estoit a elle qu'il devoit dire telle parrolle et aultres parolles
[32]
demonstrant que ledit Normant luy avoit dit quelque chose
[33]
deshonneste. Surquoy ledit Rengeard dist ausdits Normans telles
[34]
ou semblables parrolles : « Messires, retirez-vous ! vous feistes hier
[35]
ung grant bruyt en ceste ville et y bleczastes des gens du pais
[36]
qui n'estoit honnestement faict. »
Et pour ce que lesdits Normans qui
[37]
estoint emboitez de vin, ainsi que sembloit, ne cessoint leursdites
[38]
parrolles et debat, ledit Rengeart qui avoit parreillement beu et
[39]
estoit eschauffé de vin, apperceut une mante sur ung
[40]
coffre illec estant, quelle apartenoit a l'un desdits Normans et
[41]
la print et porta en ladite chambre haulte ou il avoit lessé
[42]
ceulx de sa compaignie a boyre comme dit est. Et apres ce,
[43]
oyant que ledit bruyt et noise desdits Normans, femme Pillays
[44]
et ung nommé Moron continuoit, descendit derechef ledit Rengeard
[45]
a bas ou estoit ladite noise et dist ausdits Normans
[46]
qu'ilz estoint trop debatiffz et querelleurs et qu'ilz seroint
[47]
cause de fere quelque gros debat ou meurtre entre
[48]
ceulx du pays et lesdits estrangiers et qu'ilz se retirassent ou <62 recto>
[49]
cessassent leursdites parrolles et noises. Etpour ce que
[50]
lesdits Normans ne cessoint leursdites querelles et debat
[51]
et estoint garniz de bastons, celuy Rengeard esperant
[52]
fere cesser ledit debat, s'adrecza a l'un desdits Normans faisant
[53]
ledit bruyt et luy osta son espee et la tira de son foureau
[54]
et l'emporta nue a ladite chambre haulte ou il et autres
[55]
surdits estoint a boire et fere leursdits marchez et se remist
[56]
tout droit a la table en sa premiere place avec lesdits autres
[57]
tenant ladite espee en sa main et bientost apres l'un desdits
[58]
Normans par force et oultre le gré et volunté de l'hostesse et
[59]
ses gens qui disoint comme l'on dit audit Normant qu'il
[60]
ne fust monté en ladite chambre et qu'il seroit cause de
[61]
quelque debat, luy disant qu'elle luy respondoit
[62]
de sesdites mante et espee, monta en ladite chambre haulte
[63]
ou estoint lesdits Rengeard et autres a boyre et ainsi
[64]
que ledit Normant voulloit entrer en ladite chambre ledit
[65]
nommé Mathurin Moron, cordonannier qui demouroit
[66]
audit Bourgneuf, marcha au-devant dudit Normant
[67]
pour l'empescher d'entrer en icelle chambre et le frappa
[68]
entour les espaulles quelzques coups de plat d'une espee
[69]
qu'il avoit avecq luy et hosta audit Normant son
[70]
foureau de son espee qu'il tenoit en la main et en
[71]
cest endroit, entra ledit Normant en ladite chambre
[72]
demandant son baston et qu'il voulloit parrler en conseil
[73]
sans voulloir aucunement se retirer ne cesser d'entrer plus
[74]
avant en icelle chambre, disant : « Rendez-moy mon
[75]
baston ! »
Quoy voyant, ledit Loys Rengerd craignant et
[76]
doubtant que ledit Normant qui s'adreczoit droit a luy,
[77]
luy eust donné quelque coup de cousteau en traison
[78]
ou a quelque autre de la compaignie, alla au-devant
[79]
dudit Normant luy disant : « Reculles toy ou je te frapperoy
[80]
ou tueroy ! »
Ne sceict lequel en ruant contre lui quelzques
[81]
coups de ladite espee sans qu'il luy touchast lors et pourtant
[82]
que celuy Normant ne cessoit de marcher et entrer sur ledit
[83]
Rengeard et aultres illecques estans ne saichant
[84]
son intencion doubtant comme dict est qu'il ne
[85]
l'eust oultraigé, esperant le mectre en crainte luy <62 verso>
[86]
luy rua ung coup d'estoc de ladite espee n'ayant
[87]
touteffoiz intencion de l'en frapper lequel coup par
[88]
fortune et mal aventure arriva audit Normant
[89]
au hault et au-dedans de la cuysse pres de l'enne et
[90]
incontinent retira ledit Rengeard ladite espee et la mist
[91]
ou foureau qu'il trouva illec et la laissa en ladite
[92]
maison, et sur ce ledit Normant s'escrya et dist :
[93]
« Helas, je suis mort ! Ribaud, tu m'as tué ! »
[94]
descendit de ladite chambre haulte et se mist en
[95]
une chaire illecq estant ou bientost apres,
[96]
comme l'on dit, il mourut et decebda et
[97]
a celle cause se rendit ledit Rengeard fugitif
[98]
et a delaissé sadite femme qui est femme de bien, de
[99]
bon rest et gouvernement laquelle il marissoit
[100]
et entretenoit et vivoint honnestement ensemble
[101]
sans jamais auparavant ledit cas avenu celuy Loys
[102]
avoir commis ne perpetré ne avoir esté accusé ne
[103]
reproché d'aucun mauvaix ne villain cas
[104]
blasme ne reproche. Nous supplians lesdits parens
[105]
et amys qu'il nous plaise a ce avoir esgard
[106]
et dudit cas impartir a iceluy Louys Rengeard,
[107]
remission et pardon, tres humblement, les nous
[108]
requerant. Pourquoy, etc, la verificacion
[109]
a Nantes.

Lefourbeur