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Rémission pour Tanguy Galoys

Registre B33 Lettre n° 38

05/08/1531

<136 verso>
Remission pour Tanguy Galoys de meurtre commis en la personne
de Marc de Corville, la verificacion au seneschal de Rennes dont la teneur
ensuilt.
[1]
Francois, etc, a touz presens et advenir, salut. Savoir faisons nous avoir receut
[2]
l'humble suplicacion et requeste des parens et amys consanguins de notre
[3]
subgect Tanguy Galoys, detenu prisonnier en nos prisons de Rennes, Contenant
[4]
que le quatriesme jour du moys d'octobre derroin qu'estoit le jour et feste
[5]
monseigneur saint Francois, ledit Tanguy Galoys au matin diceluy jour s'en alla de
[6]
sa maison situé en la paroisse de Lopingue oudit bourg et eglise dudit
[7]
Loppingue pour y ouyr messe et le service divin, rencontra sur l'une des
[8]
antrees du cimytiere de ladite eglise, ung nommé Marc de Corville acompagné
[9]
de ung nommé Jehan Leclerc, lequel de Corville ayant congnoissance dudit
[10]
Tanguy luy demanda s'il vouloit aller desjuner. A quoy ledit Tanguy
[11]
respondit que non et que il n'avoit ouy messe. Sur quoy replica ledit
[12]
Marc : « Non aige pas moy ! Mays je ne lesseray pourtant. Je me
[13]
passere bien de messe pour aujourduy. Viendra-tu ? »
Quoy voyant, ledit
[14]
Tanguy consentit a la priere dudit de Corville de aller desjeuner
[15]
avec luy apres qu'il auroit ouy messe, demandant oudit <137 recto>
[16]
de Corville ou il le trouveroit. A quoy respondit ledit Marc : « Vous nous
[17]
trouverez chez Cochart. Nous allons devant, dom Jehan Baset et moy ; venez apres
[18]
nous ! »
Lors ledit Tanguy s'en alla en l'eglise pour ouyr messe et peu de temps
[19]
apres, s'en alla ledit Tanguy en la maison et taverne de George Cochart tenant
[20]
taverne oudit bourg ou il trouva ledit de Corville en une gallerie de ladite maison
[21]
et en sa compaignye ledit dom Jehan Baset et ung mercier nommé Cosvaber qu'ilz
[22]
estoint assys a une table buvans et mangans ensemble, et pria ledit de Corville
[23]
celuy Tanguy de se assoirs jouxte luy ce que fist ledit Tanguy puis burent et
[24]
mengerent ensemble et ainsi que estoint a ladite table bientost apres, entra
[25]
et arriva a eulx ung nommé Guillaume Fortin, bouscher, et comme il fut antré en
[26]
ladite gallerie ledit de Corville dist en se levant de la table ou estoint assis
[27]
a boire que ledit Fortin luy fachoit et que il ne boyroit ne mengeroit en sa compaignye
[28]
puis dis celuy de Corville audit Fortin telles parolles : « Par le corps dieu, je vous
[29]
aprandré bien a parler de moy ! Je vous bapteray par le sang dieu ! tant qu'il
[30]
suffire. Vous avez dit a mon oncle de La Pesse tout plein de mal de moy ! »
A quoy
[31]
respondit ledit Fortin audit de Corville que jamays il n'avoit audit Sr de la Plesse
[32]
ne a autre de luy dict aulcun mal. Et craignant celuy Tanguy qu'il sourdist
[33]
debat entreulx et qu'ilz s'entreoutraigassent, prie ledit Tanguy celuy de Corville
[34]
que il ne fist audit Fortin aucun mal ne desplaisir. A quoy s'acorda ledit de Corville
[35]
et sur tant descendirent de ladite gallerie donnant celuy de Corville tousiours
[36]
menaczes audit Fortin de le baptre et outrager, et tenant celuy de Corville ung
[37]
couteau nud en la main, jurant et blapfemant le nom de dieu que il bateroit
[38]
bien et que derechef ledit Tanguy empescha disant que ledit Fortin donneroit
[39]
ung pot de vin. Et sur ce propos entrerent ensemblement en une haulte
[40]
chambre de ladite maison ou ilz se misrent a boire sur une huche ung
[41]
pot de vin que poya ledit Fortin, et se trouva ou eulx ledit Cochard quel donna
[42]
ung autre pot de vin et apres avoir ainsi beu tous ensemble entre autres
[43]
divises celuy Tanguy dist parlant audit de Corville que nagueres avoit que a ung
[44]
soir il avoit trouvé en s'en allant dudit bourg de Loupingne a sa maison
[45]
troys compaignons quelz le avoint voulu baptre et tuer et que entre autres,
[46]
il avoit congneu que Bastien Posterne estoit l'un deulx et que ce ne luy estoit pas
[47]
grant honneur et qu'il le luy rendroit bien quant il voudroit, mays que il n'en
[48]
faisoit pas cas et que il ne le craignoit rien. Sur quoy ledit Marc de Corville
[49]
demanda audit Tanguy a estre jugé entre ledit Posterne et luy, ce que accorda
[50]
ledit Tanguy audit de Corville en l'endroit de quoy sans autre propos dist ledit
[51]
Marc de Corville audit Tanguy en jurant par telles parolles : « Par le sang dieu, je
[52]
ne m'endaigneroys mesler car tu n'es que ung meschant. »
Neantzmoins lequel injure
[53]
celuy Tanguy craignant le debat audit Marc, luy replicqua aucune chose. Et
[54]
assez tost apres lesdites parolles, celuy Marc print ung voyre auquel avoit du vin
[55]
et adressant ses parolles audit Tanguy, dist qu'il alloit boyre a luy puis apres avoir porté
[56]
le voyre a la bousche, le rompit avecques les dans faisant gestes et contenance
[57]
d'estre courocé et despit. Quoy voyant, ledit Tanguy estimant que celuy de Corville
[58]
serchast avoir debat et disferant a luy, et pour y obvier et luy demonstrer
[59]
amytié et affin de rapaiser ledit de Corville, print celuy Tanguy ung <137 verso>
[60]
voyre avecques du vin dedans pour boyre et contenir celuy de Corville et come ainsi
[61]
buvoit celuy de Corville sans aucun autre propos, menaczes ny [?acheson?], d'un grant
[62]
cousteau qu'il tenoit en la main frappa ledit Tanguy en l'estomac et poictrine et le
[63]
blecza a grant effusion de sang frappant lequel coup celuy Marc de Corville a
[64]
l'une de ses mains oultre ce, se ensesina et osta dudit Tanguy ung poignart
[65]
que celuy Tanguy avoit a la saincture tellement qu'il ne luy demoura que le foureau
[66]
jurant et blapfemant le nom de dieu en diverses manieres, qu'il tueroit ledit
[67]
Tanguy en celuy jour et qu'il en mengeroit le ceur. Et ce voyant et sentant
[68]
ledit Tanguy estre bleczé a mort, descendit de ladite chambre pour aller soy
[69]
panser de ladite ploye et incontinent le suyvit celuy Marc de Corville
[70]
et descendit de ladite chambre pourchassant encores ledit Tanguy ayant celuy
[71]
de Corville en l'une de ses mains le cousteau dont il avoit bleczé ledit Tanguy
[72]
et le poignard dudit Tanguy en l'autre, jurant et blapfemant exceirablement le nom
[73]
de dieu, qu'il tueroit ledit Tanguy apres lequel de Corville descendu, celuy
[74]
Tanguy la estant ainsi bleczé et seignant en grant habondance de la ploye
[75]
qu'il avoit en estomac adressant ses parolles oudit de Corville, luy dist et
[76]
porta parolles de tel effect : « Ha, traistre ! tu m'as bien tué en traison avec ton
[77]
cousteau et meschantement a prins mons pognard. Tu me le rendras avant
[78]
que nous [?departont?]. »
Et en redisant, trouva une fourche de fer ou pic dudit
[79]
degré de laquelle il se ensesina cuidant resister aux effors dudit de Corville
[80]
quelle luy fait oster par lesdits Georges Cochard et Fortin. Puis, ledit Tanguy se
[81]
voyant nud et desbastonné et que ledit de Corville encores se efforczoit de
[82]
le oultraiger, craignant l'ire et menaces dudit de Corville et de peur
[83]
qu'il le l'eust tué et occis comme il se ventoit de fere, trouva derecheff
[84]
en ladite maison dudit Cochard une broche de fer de laquelle il se
[85]
ensesina et penczant contraindre ledit de Corville a luy rendre sondit
[86]
pognart, le suyvit jucques au-dehors de ladite maison et y estant veid
[87]
que celuy de Corville s'en alloit ou cimytiere de ladite paroisse tousiours
[88]
saesy et tenant en main ledit poignart dudit Tanguy quel ne voulut
[89]
jamais lascher ne rendre audit Tanguy. Lequel fort troublé et
[90]
esmeu par raison du sancg qu'il perdoit suyvit ledit Marc de Corville oudit
[91]
cimitiere ou derecheff insista et demanda oudit de Corville qu'il luy
[92]
rendist sondit poignard et que auparssus, il ne luy demanderoit rien, ce
[93]
que ne voulut et reffusa fere ledit de Corville ains tousiours persistat
[94]
en son mal propos disant audit Tanguy en jurant et renonczant dieu
[95]
que il ne l'auroit jamais et que en celuy jour, il tueroit ledit Tanguy.
[96]
Et lors survindrent oudit cimitiere lesdits Fortin et Cochard quelz
[97]
prindrent ladite broche de fer des mains dudit Tanguy quel ne differa
[98]
la leurs bailler et sur tant soy retira ledit Tanguy en la maison
[99]
dudit Fortin situee oudit bourg pour se fere panser. Et ledit de corville
[100]
demoura oudit cimitiere quelque peu jurant et donnant menaczes audit
[101]
Tanguy come devant qu'il le tueroit, gardant tousiours ledit poignort
[102]
dudit Tanguy et quelque temps apres se departit ledit Tanguy de la
[103]
maison dudit Fortin et pour sa santé et deffanse, craignant que <138 recto>
[104]
ledit de Corville le gardast sur le chemyn, print une espee en icelle
[105]
maison et s'en allant pour sercher ung cirurgien ou barbier aperceut et
[106]
veid sur le chemyn asses pres d'une croix qu'on appelle la Croix des Ormeaulx,
[107]
celuy de Corville et ouvecques luy dom Michel Bonnet, lequel de Corville
[108]
incontinent se adressa audit Tanguy et commancza a luy ruer plusieurs
[109]
coups d'espee disant qu'il le tueroit quoy voyant ledit Tanguy tira
[110]
l'espee qu'il avoit prinse ches ledit Fortin et pour ce que celuy de Corville
[111]
le blecza en une main, celuy commancza a soy deffendre et ruez pareillement
[112]
coups audit de Corville et bataillant ensemble, celuy tanguy attaignit
[113]
de son espee et donna audit de Corville ung coup sur le coul et ung autre
[114]
coup d'estoc en l'estomac, ainsi dempuis luy a esté raporté. Et sur ce qu'il
[115]
aperceut que ledit de Corville deffaillit en sa force et commancza a chanceler
[116]
ledit Tanguy cessa de frapper sans autres exceix ne outraiges
[117]
luy fere et recuillit son poignard que ledit de Corville durant ledit
[118]
conflict, luy avoit gecté et rué de gict tachant en frapper et
[119]
bleczer ledit Tanguy. Et le lendemain, celuy de Corville pour raison
[120]
desdites playes et coups ou estoit deffault de troictement et pensement,
[121]
alla de vie a deceix. A raison de quoy, les officiers de justice dessus
[122]
les lieux, procederent a enquestes d'office dudit cas et dempuis apres
[123]
avoir esté ledit Tanguy constitué prisonnier audit Rennes, a liberallement
[124]
confessé ledit cas et homicide de la maniere cy-devant declarer, remonstrans
[125]
lesdits suplians que ledit Tanguy est jeune gentilhomme chargé de femme et
[126]
enffans et que jamais auparavant n'avoit faict cas repprochable ne
[127]
esté reprins par justice ; toutesfoiz doubtent lesdits suplians que lesdits officiers
[128]
procedent a rigueur de justice si par nous ne luy est de notre grace
[129]
sur ce pourveu, nous supplians qu'il nous plaise a ce que dessur
[130]
avoir esgard et en l'honneur et memoyre de la Passion de notre seigneur de
[131]
notre grace et auctorité souveraine, impartir et donner grace, remission et
[132]
pardon dudit cas audit Tanguy, tres humblement, le nous requerans.
[133]
Pourquoy nous, etc.

Darande