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Rémission pour Michel Le Moyne

Registre B33 Lettre n° 46

09/09/1531

<156 verso>
Remission pour Michel Le Moyne,
la verification au seneschal et alloué de
Rennes.
[1]
Francois, etc, a tous presens et avenir, salut. Savoir faisons,
[2]
nous avoir receu l'humble supplicacion et requeste des
[3]
parens et amys consanguins de notre subgect Michel <157 recto>
[4]
Le Moine, natif et originaire du comté du Maine et a present
[5]
demeurant en la parroisse de St Merve ou diocese de Rennes,
[6]
chargé de femme et enfans, Contenant que le jeudy apres la
[7]
feste de Penthecoste derniere, ledit Le Moine fist boulangier
[8]
de la farine pour faire du pain tant pour soy nourrir et substancter
[9]
que sa femme, enfans et gens de sa famille. Et comme environ une
[10]
heure auparavant la nuyct suivante dudit jour icelluy Le Moine
[11]
mist et enfourna sondit pain en ung four estant ou villaige
[12]
de La Brosse en ladite parroisse de Sainct Merve et environ
[13]
demye heure de nuyt donna ledit Le Moine charge a Julienne
[14]
Galicher, sa chambriere et serviteure d'aller audit four et tirer
[15]
ledit pain lequel ledit le Moine y avoit enfourné. Ce que
[16]
ladite chambriere reffuza fere et aller seule pour la nuyct qui ja
[17]
estoit venue ; par quoy convint audit Le Moyne y aller
[18]
avec ladite Julienne laquelle marchoit devant et lors qu'elle
[19]
fut arrivee audit four dist et profera audit Le Moyne
[20]
sondit maistre telles ou semblables parrolles : « Mon maistre,
[21]
voyez y la palle au four ! on a desrobé notre pain. »
Oyant
[22]
lesquelles parrolles, ledit Le Moyne hasta ses pas, droit
[23]
audit four et dist a ladite Julienne que eust regardé
[24]
environ ledit four et elle verroit aulcunes personnes et
[25]
sur tant veit icelle Julienne quelque personne a elle
[26]
incongneue et lors dist oudit Le Moyne : « Mon maistre,
[27]
voyez la le larron qui a desrobé notre pain ! »
Et incontinent
[28]
veyt icelluy Le Moyne ung nommé Georges Barrier qui
[29]
s'enfuyoit droit a une piece de terre nommee La Perrine
[30]
pres ledit villaige de La Brosse tenant ung pain festiz entre
[31]
ses braz. Quoy voyant ledit Le Moyne commencza a
[32]
marcher droit audit Barrier et le [?acorsceut?] a l'entree
[33]
de ladite piece de terre distante long dudit four environ
[34]
ung giet de boulle. Et il arrivé audit Barrier dist que
[35]
eust laissé sondit pain, a quoy ledit Barrier luy dist et
[36]
respondit que non feroit, luy donnant grandes
[37]
menasses que s'il le poursuyvoit qu'il le
[38]
tueroit, marchant tousiours aval ladite piece de terre
[39]
ayant ung cousteau nud en l'une de ses mains. <157 verso>
[40]
Neantzmoins quoy ledit Le Moine luy dist derechef qu'il eust a luy
[41]
rendre son pain ou aultrement que il le luy feroit rendre,
[42]
criant icelluy Le Moyne a haulte voix : « A l'ayde ! les larrons
[43]
s'en vont avec mon pain. »
Et voyant icelluy Le Moyne que
[44]
celluy Barrier ne voulloit non obstant tout ce luy bailler
[45]
sondit pain, se print ledit Le Moyne avec ledit Barrier et
[46]
luy abatit ledit pain a terre. Quoy voyant ledit Barrier
[47]
s'esforcza fraper ledit Le Moyne du costeau qu'il tenoit
[48]
en sadite main et le saesit et print au collet de sa
[49]
robe. Quoy Le Moyne soy voyant ainsi saesy et
[50]
de crainte que ledit Barrier l'eust frappé de sondit cousteau
[51]
icelluy Le Moyne print song petit cousteau qu'il
[52]
avoit pendu a sa seincture et l'evagina disant audit
[53]
Barrier que s'il s'esforczoit plus de reprandre sondit pain
[54]
et luy fere oultraige que il le reculleroit bien ; neantzmoins
[55]
tout quoy ledit Barrier s'esforcza frapper dudit
[56]
coustau ledit Le Moyne et prandre par force
[57]
et violence sondit pain estant tombé a terre comme dit
[58]
est, et sur tant ledit le Moyne tout eschauffé
[59]
et collere frappa de sondit cousteau deux coups sur
[60]
les corps et membres dudit Barrier. A raison
[61]
desquels coups ledit Barrier tomba a terre, apres
[62]
quoy soy ensaesina ledit Le Moyne de sondit pain et
[63]
s'en retourna en sa maison. Et le lendemain au matin,
[64]
retourna en ladite piece de terre au bas de laquelle
[65]
trouva mort ledit Barrier. Touteffoiz doubtent
[66]
lesdits supplians que a raison desdits coups ledit Barrier soit
[67]
mort et decebdé, nous remonstrans oultre lesdits suplians
[68]
que ledit Le Moyne ne pensoit oultraiger de la
[69]
maniere ledit Barrier et que jamais ledit Le Moyne
[70]
ne commist ne perpetra aultre maulvais ne villain cas
[71]
que le present. Nous supplians lesdits exposans qu'il nous
[72]
plaise dudit cas commis par ledit Le Moyne <158 recto>
[73]
en chaulde collee luy impartir et octroyer nos lettres
[74]
de grace, remission et pardon, tres humblement,
[75]
le nous requerant. Pourquoy nous, etc.

Darande