Copyright (c) 1999 by Nicole Dufournaud
Cette transcription a été réalisée par Nicole Dufournaud pour son mémoire de maîtrise et est consultable à l'URL suivant : http://nicole.dufournaud.net/remission/. Si vous utilisez ce document pour une publication, prière de référencer le mémoire de maîtrise et si vous l'utilisez en ligne, prière de référencer l'URL du document.
This transcription has been done by Nicole Dufournaud for her Master's Thesis and is available at: http://nicole.dufournaud.net/remission/. If you use this document for a publication, please add the Master's Thesis in the citations; if you use it online, please reference this URL.

Rémission pour Jullien Laurens

Registre B33 Lettre n° 50

28/09/1531

<172 recto>
Remission pour Jullien Laurens, la verificacion
au seneschal de Ploermel.
[1]
Francois, etc, savoir faisons a tous presens et advenir,
[2]
nous avoir receu l'humble supplicacion et requeste
[3]
des parens consanguins et amys de notre pouvre
[4]
subgect Julien Laurens natiff et demeurant
[5]
en la vie de Guer ou diocese de Saint Malo, sergent
Gratis pour ce qu'il
avoyt poyé
en France

[6]
general et garde des prinsons dudit Guer,
[7]
aagé de trante ans ou environ, chargé de femme
[8]
et enfans, Contenant que le mercredy dix huitieme
[9]
jour d'aougst mil cinq cens vingt neuf,
[10]
auquel jour avoit marché audit lieu
[11]
de Guer, ledit suppliant estant a la place
[12]
ou l'on vendoit le bestail [?daumaille?] faisant
[13]
ses negoces et affaires, se trouva illec
[14]
Jehan Bonnet, Sr de La Birdoullaye, procureur
[15]
dudit Guer qui estoit a cheval et ung sien
[16]
serviteur a pied avecques luy, auquel
[17]
ledit suppliant demanda : « Ou allez-vous mon
[18]
maistre ? »
Qui luy dist qu'il s'en alloit couscher <172 verso>
[19]
a La Bardoullaye et estuyir le bled que ses
[20]
bapteues y avont celluy jour baptu. Ledit
[21]
suppliant luy dist qu'il s'en alloit avecques
[22]
luy pour luy fere compaignye et semblables
[23]
se trouva illec oudit marché Maistre
[24]
Jehan Duporcano, lieutenant ordinaire
[25]
dudit Guer qui fut assi content leur
[26]
fere compaignye et prindrent leur chemin
[27]
d'aller audit lieu de La Bardoullaye
[28]
sans penser en mal quelzconque,
[29]
et que ilz furent au-desus ladite ville
[30]
tirant devant a ung carrefoure nommé Le
[31]
pont Mymez, ilz virent audit carrefoure
[32]
ung nommé Jacques Le Bastard, filz du Sr
[33]
de Kervignet, Guyon Hendelor a present deffunct,
[34]
filz du Sr de Boesic, Jehan Hendelor
[35]
dit Gerrezan, serviteur du Sr de La Tohiciere,
[36]
dom Jehan de La Porte et plusieurs
[37]
aultres en leur compaignyes et
[38]
lors que lesdits Bonnet, procureur, ledit supliant
[39]
et de Parcano les virent, icelluy Bonnet
[40]
dist telles ou semblables parrolles :
[41]
« Qui sont ces gens la ? Ce n'est la leur
[42]
chemyn a s'en aller. Je mectre qu'ilz me
[43]
serchent et qu'ilz ont envye d'avoir
[44]
querelle avecques moy ! »
Et quant <173 recto>
[45]
fut audit carrefoure ledit Bonnet, eut
[46]
craincte d'eulx et se voullut destourner
[47]
par aultre chemin pour ce qu'ilz estoint en son
[48]
chemyn et estant ledit Guyon sur ung
[49]
mullet et ledit Gerrozan sur ung cheval
[50]
dirent audit Bonnet pour ce qu'ilz le voyoint
[51]
destourner chemyn : « Venez par icy !
[52]
Voyez votre chemyn ! »
Lequel Bonnet
[53]
respondit :« Je m'en voys par deca ches
[54]
ung nomé Fleury, querrir quelques ferrailles
[55]
qu'il m'a habillé que je veulx emporter. »

[56]
Et encores luy dirent derechef :
[57]
« Venez par lha ! Voycy votre chemyn ! »
[58]
Et en l'endroit d'eulx ledit dom Jehan de La
[59]
Porte adressoit ses parolles venant allencontre
[60]
dudit Bonnet dist : « Par dieu ! quant je n'y
[61]
suys point, on me appelle meschant et
[62]
quant je y suys, on ne me dit riens. »
Et
[63]
pluseurs aultres parrolles de querelle adressant a
[64]
icelluy Bonnet auquel La Porte icelluy
[65]
Bonnet dist : « Parlez-vous a moy, La Porte !
[66]
Vous aurez tousiours quelzcques grougnes, il vous faulzt
[67]
tousiours quelques chose de querrelle. Je ne parle
[68]
de vous en votre presence, ne en votre absence, ny
[69]
bien ny mal. »
Et apres qu'ilz eurent eu quelques
[70]
aultresparrolles ensemble, leditsuppliant dist qu'il
[71]
ne failloit point avoir debat ensemble et
[72]
qu'ilz estoint trop gens de bien pour avoir noyse.
[73]
Et lors, leditde La Porte dist audit supliant : <173 verso>
[74]
« Couraige[? marry ?]te fault-il mesler des differans
[75]
des gentilzhommes ? Je te bailleroy deux soufflects
[76]
sur ton visaige et puis me faiz citer a Saint Malo
[77]
pour en avoir l'amende. »
Et en l'instant desdites
[78]
parrolles ledit Guyon Hendelor, a present deffunct,
[79]
descendit de dessurs sondit mullet disant telles
[80]
parrolles : « Sang dieu, villain ! de quoy te
[81]
mesle-tu ? »
Et desgaigna son espee
[82]
disant audit suppliant : « Par le sang dieu, je te
[83]
baptray tant que je te feroy recroyre. »

[84]
Quoy voyant, icelluy Bonnet,
[85]
procureur, dist audit suppliant :« Va-t-en ! Va-t-en ! »
[86]
Ce que ledit suppliant differoit, touteffoiz
[87]
pour obeir audit procureur, il s'en alla
[88]
dicelluy lieu ches luy audit lieu de Guer
[89]
et luy y arrivé, alla aux prinsons dudit Guer
[90]
desquelles il est geolier et garde, comme
[91]
dit est, pour scavoir s'il failloit quelque
[92]
chose a ung nommé Flageul qui y estoit
[93]
detenu prinsonnier pour son entretenement et
[94]
aussi pour parler pour ledit prinsonnier a
[95]
Francoys de La Landelle, gresfier dudit Guer,
[96]
et pour ce qu'il estoit desia nuyct et que
[97]
ledit suppliant n'osoit sortir de sa maison
[98]
sans baston, print une hache aultrement
[99]
dicte hallebarde en sa main et s'en
[100]
alla au logeix dudit de La Landelle, greffier,
[101]
ou il fut par quel que temps. Et comme <174 recto>
[102]
ledit suppliant retournoit ausdites prinsons quant il fut
[103]
[?en droit?] et au-devant la maison ou il faisoit
[104]
lors sa demeurance, rencontran [?au terveau?]
[105]
ledit Guer, ledit Guyon Hendelor et en sa compaignye
[106]
Guillaume de La Porte, son proche parent qui estoint
[107]
retournez audit lieu de Guer, et comme ilz
[108]
marchoint etaprochoint [??] [?veut?]bien icelluy
[109]
suppliant que c'estoit ledit Guyon Hendelor
[110]
qui ledit jour l'avoit voullu oultraiger
[111]
et avoit desgaigné sur luy et demanda a
[112]
icelluy Guyon Hendelor s'il estoit retourné
[113]
la pour le sercher, luy disant qu'il ne le serchast
[114]
point et tout incontinent ledit Guyon Hendelor
[115]
desgaigna sadite espee qu'il avoit a son costé
[116]
et lors s'entreruerent l'un allencontre de l'aultre
[117]
aulcuns coups dont de fortune [??] diceulx
[118]
ledit suppliant attaignit ledit Guyon Hendelor
[119]
du bout de sadite hache ou hallebarde
[120]
en l'estoumac et alors dist ledit Hendelor :
[121]
« Je suis mort ! » Duquel coup, a faulte de bon
[122]
appareil ou aultrement, certains jours apres icelle,
[123]
Hendelor s'estoit allé de vie a trespas.
[124]
Pour raison duquel cas ainsi advenu,
[125]
ledit suppliant craignant rigueur de justice
[126]
s'estoit absenté de cestuy notre pays ouquel
[127]
ne ailleurs en notre royaulme il n'ozeroit
[128]
seurement demeurer si noz grace et
[129]
misericorde ne luy estoint sur ce imparties,
[130]
en nous humblement requerans <174 verso>
[131]
que actandu le cas ainsi advenu en son
[132]
corps deffendant et que en aultres choses
[133]
ledit suppliant soit bien famé et renommé, sans
[134]
avoir jamais faict ou commis aultre villain cas
[135]
digne de reproche icelluy impartir audit
[136]
Laurens, et pourquoy nous, etc.

Pelerin