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Mandement de rémission pour Jehan Duchesne

Registre B33 Lettre n° 52

10/10/1531

<181 verso>
Mandement dirigé aux alloué et lieutenant de
Nantes, quant affin de veriffier la grace
de Jehan Duchesne, supliant, impetree par l'antree de
la royne a Paris dont la teneur ensuilt.
[1]
Eleonore, par la grace de dieu, royne de
[2]
France, savoir faisons, a tous presents et advenir,
[3]
salut. Comme en usant des droictz, arrectez et préminence dont
[4]
noz predecessaresses roynes de France ont acoustumé
[5]
joyr et user, nous loyse et apartienne a notre premier
[6]
et joyeuse nouvelle entree en toutes et chacune
[7]
les cites, villes, terres et seigneuries du roy notre
[8]
tres cher seigneur et espoux, pere et legitime
[9]
administrateur de notre tres cher et tres amé filz
[10]
le dauphin, duc et seigneur propriétaire des pays
[11]
et duché de Bretaigne, mectre hors des prinsons
[12]
dicelle les prinsonniers qui y sont detenuz et aussi
[13]
leur remectre, quicter et pardonner les cas
[14]
par eulx commis. Et soit ainsi que a notre premiere
[15]
joyeuse et nouvelle entree en la bonne ville
[16]
et cité de Paris, ung nommé Jehan Duchesne, <182 recto>
[17]
demourant en la ville de Redon ou pays et duché
[18]
de Bretaigne, chargé de femme et enfans, lequel
[19]
nous a presenté son humble supplicacion et requeste, Contenant
[20]
que ou mois d'octobre mil cinq cens vingt deux
[21]
a ung jour de lundi adce que ledit Duchesne, suppliant, estoit
[22]
a cheval ou bourg de Severac en l'evesché de Nantes,
[23]
esperant aller au lieu de boire a ses asferes, fut rencontré
[24]
de Missire Gregoire Perrigant, prebtre, et de deux
[25]
cordonniers, l'un nommé Mathurin et l'aultre Mahé,
[26]
lequel Mathurin luy demanda l'un de ses sayons
[27]
a vendre. A quoy s'acorde ledit suppliant et pour en
[28]
fere le marché s'en allerent cheir ung nommé Jehan
[29]
Thoumas des Bareaux, tavernier, ou il descendit de
[30]
cheval et pour ce que en la maison dudit Thoumas
[31]
n'y avoit estable pour mectre ledit cheval
[32]
dicelluy suppliant ny foing ny avoyne, le mist en
[33]
une estable et maison qui apartenoit a Nycolas
[34]
Avron, pres ladite taverne. Et tost apres que
[35]
celluy suppliant eut establi icelluy cheval,
[36]
survindrent aulcuns personnaiges montez sur des jumens
[37]
qui voullurent mectre leursdites jumens en l'estable
[38]
ou estoit le cheval dudit suppliant a l'adveu dudit
[39]
Thoumas qui s'esforczoit ce fere. Et pour ce que
[40]
ladite estable avoit esté prestee audit suppliant
[41]
qui ne compectoit ne apartenoit en riens audit Thoumas
[42]
ne voullut souffrir mectre lesdits jumens en
[43]
ladite estable avec sondit cheval. Ce faict, se mist
[44]
ledit suppliant a la table au bas de ladite maison pour
[45]
escripre et ainsi qu'il escripvoit, ledit
[46]
Thoumas luy dist arrogamment qu'il se mesloit
[47]
de beaucoup de choses, a quoy ledit suppliant fist reponse <182 verso>
[48]
qu'il avoit cause de s'en mesler et que ladite estable
[49]
n'estoit a luy ne aussi la maison ou il se
[50]
tenoit, ains estoit audit Avron et que ledit supplians
[51]
et ung aultre notaire en avoient passé le
[52]
contract de la vente et avoit chargé d'en mectre
[53]
en possession ledit Avron dicelle maison dudit
[54]
Thoumas. Ledit suppliant print une selle et
[55]
banc et le gecta hors ladite maison, lors ledit
[56]
Thoumas tout esmeu et couroucé, entra en une
[57]
chambre de ladite maison en laquelle il print
[58]
une hallebarde. Quoy voyant ledit suppliant escraignant
[59]
estre oultraigé par icelluy Thoumas, mist la
[60]
main a l'espee et vint allencontre dicelluy Thoumas
[61]
luy rua plusieurs coups d'espee en destournant et
[62]
soustenant les coups de sadite hallebarde et fist tant
[63]
ledit suppliant qu'il reculla ledit Thoumas
[64]
jucques au jardrin de ladite maison et hosta ladite
[65]
hallebarde sans blesser aulcunement et le suyvit
[66]
quelque peu audit jardrin. Et ce faict, s'en retourna
[67]
ledit suppliant en ladite maison et y porter ladite hallebarden
[68]
lequel suppliant incontinent apres sortit hors
[69]
ladite maison pour respandre et gecter de l'eau et
[70]
veoir sondit cheval. Cependant une chambriere
[71]
dudit Thoumas, nommee Guillemecte Poullart,
[72]
print ladite hallebarde et la porta audit Thoumas,
[73]
son maistre, qui estoit derriere une haye lez ledit
[74]
jardrin, lequel supliant pour doubte que
[75]
dicelle hallebarde ledit Thoumas ne le blessast
[76]
courut par le chemyn jouxte ledit jardrin et
[77]
se trouva au-devant de ladite Guillemecte Poullart
[78]
laquelle chambriere apres que ledit suppliant l'eut <183 recto>
[79]
rencontré, vut qu'elle voit ja passé a travers
[80]
de ladite haye partie dicelle hallebarde, la donnant
[81]
audit Thoumas son maistre qui estoit de l'autre costé
[82]
de ladite haye. Pourquoy icelluy suppliant la print par
[83]
le bout de la [?haute?] et s'efforcza l'oster des mains de ladite
[84]
chambriere quelle tenoit par le fer, et ainsi que
[85]
luy et ladite chambriere se tiroient l'un l'aultre pour
[86]
avoir ladite hallebarde icelle chambriere en tirant
[87]
par grant force donna et blessa du bout de la poincte
[88]
par le ventre, comme l'on dit. Par quoy delaissa audit
[89]
suppliant ladite hallebarde qu'il emporta et s'en
[90]
retourna en la rue devant ladite maison tenant ladite
[91]
hallebarde et ainsi et pendant qu'il estoit en ladite
[92]
rue illec estoit la femme dudit Thoumas qui juroit
[93]
et menaczoit ledit suppliant que s'il estoit riens perdu de
[94]
ses biens qu'il l'en respondroit, aperceut ladite
[95]
Guillemecte qui sortoit hors ladite maison qui
[96]
avoit en son giron ung saye et sayon de lynede
[97]
apartenant audit Thoumas a laquelle ledit suppliant dist
[98]
qu'elle laissast ledit saye, ce qu'elle ne voullut
[99]
faire. Au moien de quoy, icelluy suppliant de ce irrité
[100]
et qu'il estoit encores en chaulde colle au moien
[101]
de la noise qu'il avoit eue et qu'elle avoit porté
[102]
icelle hallebarde luy bailla icelluy suppliant
[103]
deux coups de plat de son espee sur les espaulles,
[104]
et ainsi comme il retiroit sadite espee de peur de
[105]
blecer ladite Guillemecte icelle espee avoit rabessee,
[106]
icelle Guillemecte se voullut gecter contre ledit suppliant
[107]
et en ce faisant frappa ladite Guillemecte du bout de l'espee dedans
[108]
le ventre ou aultre partie de son corps et elle, se
[109]
sentant blesser, s'en retourna en la maison de <183 verso>
[110]
son maistre. A occasion desquelz coups par faulte
[111]
de bon appareil, gouvernement ou aultrement, ladite
[112]
Guillemecte seroit allé de vie a trespas. Au moien
[113]
desquelz coups, ledit suppliant doubtant rigueur
[114]
de justice, s'est absenté dudit pays ouquel n'y ailleurs
[115]
il n'oseroit bonnement converser, reperer ne
[116]
demourer et que le seneschal dudit Nantes luy est
[117]
haigneux et malveillant ainsi qu'est venu a
[118]
notice audit suppliant et luy estre suspect.
[119]
Nous, humblement requerant luy impartir noz
[120]
grace et misericorde. Pourquoy nous, etc.

Darande