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Rémission pour Noel Piel

Registre B33 Lettre n° 67

23/12/1531

<227 recto>
[1]
Francois, etc, savoir faisons a tous presens et a venir, nous avoir
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receu l'humble supplicacion et requeste des parens et amys consanguins
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de notre subgect Noel Piel de la parroisse de Romaigne en notre
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juridiction de Foulgeres, Contenant que ou moys de janvier dernier
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eut ung banquet et assemblee de peuple au lieu et methairie
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de La Chappelle Sainct Estienne apartenant au Sr de La Marche Moulin
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Blot en ladite parroisse de Romaigne, a raison des nopces et espouzailles
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que en celluy jour avoient esté fectes d'un nommé Jehan Fauvel
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et Jainyne Botes, fille de Guillaume Botes, methayer audit lieu
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de La Chappelle. Auquel bancquet et assemblee avoit grant
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nombre de peuple jucques a quatre vingt ou cent personnes
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ou environ, tant des parens dudit mariez que aultres leurs amys
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et invytez audit banquet, entre lesquelz estoient ung
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nommé Allan de Benay et Guillaume de Benay, son filz, et
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Moricette du Heil, femme dudit Allan de Benay, quelle
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Moricette est mere dudit Fauvel, nouveau marié. Et aussi,
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estoit ausdites nopces et bancquet ledit Noel Pyel pour
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qu'il y avoit esté invyté de la part dudit Fauvel,
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a la raison de la proximité de la demeurance d'eulx
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et qu'ilz estoient methayers d'un mesme Sr. Et
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apres que les dessus nommez et plusieurs et grant nombre
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des assistans audit bancquet eurent faict grant
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chere et fussent encores lors demeurez jucq a la nuyt
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qu'il fut heure de soupper, leur fut preparé a souper
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en la grange dudit lieu et methaerie de La Chaple ou
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avoient disné. Et apres avoir souppé et faict bonne chere,
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se leverent grant nombre desdits assistans pour aller
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dancer au son d'un rebec* d'un nomé Guyon Guerrant
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illec present et deffaict s'assemblerent plusieurs et firent
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une dance en ladite grange ou milieu de laquelle
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estoit ledit Guerrant qui sonnoit dudit rebec et quelques autres
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de la compaignie qui tenoit la chandelle allumé et
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leur esclairoit en ladite dance en laquelle estoit
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entre aultres ledit Pyel et pareillement y estoit et danczoit <227 verso>
[35]
ledit Guillaume de Benay, filz dudit Allain, mary de la mere dudit
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nouveau marié. Et ainsi qu'ilz danczoient, ledit Piel qui
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estoit moult eschauffé de vin, a raison de la bonne chere
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qu'il avoit fecte oudit bancquet, dist par telles ou semblables parrolles
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audit Guerrant en jurant le nom de dieu : « Tu n'es que
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ung questeur et herre ! »
Et qu'il ne sonnoit rien qui valist.
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Et fut ledit Pyel [?meu?] a dire lesdites parrolles pour ce qu'il ne
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povoit dancer et luy sembloit en son vin qu'il tenoit au
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sonneur. Et alors ledit sonneur repondit qu'il sonnoit le
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myeux qu'il povoit et qu'il disoit ce qu'il scavoit,
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laquelle reponse dudit sonneur ouye, ledit Piel se
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contenta dicelluy sonneur sans plus avoir aultres parrolles
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o luy. Et en l'endroit desdites parrolles, ledit Guillaume de Benay
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qui aussi danczoit et estoit de l'aultre parrt en ladite
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dancze vis a vis ou environ dudit Pyel, sans que ledit
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Pyel luy eust dit aulcunes parrolles, dyst en assez
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arrogantes parolles icelles adressants audit Pyel
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que ledit Guerrant, sonneur, ne estoit herre
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ne questeur et qu'il n'avoit point questé a l'uys
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dudit Pyel. Et ce voyant icelluy Pyel que lors
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n'avoit parrolles ne debat audit Benay, luy dist :
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« Le sang dieu ! qui t'en faict parler ? » Et en l'instans,
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sortit de ladite dance et la traversa et en
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traversant abatit ladite chandelle que se estaignit
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et tira ung petit cousteau qu'il avoit et se
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approcha dudit Benay auquel il donna dudit
[61]
cousteau ung coup en l'estoumac ne pensant
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touteffois qu'il en fust advenu tel inconvenient
[63]
comme fist quel de Binay s'escria disant
[64]
qu'il estoit mort et ce oyant ledit Pyel
[65]
craignant estre prins et detenu par ceulx de ladite
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compaignie et assemblee, voullant s'enfuyr
[67]
et sortir de ladite grange fut rancontré <228 recto>
[68]
assez pres de la porte et yssue dedans icelle grange par
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ledit Allain de Benay qui le print et saesit au corps, le
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voullant tenir et arrester. A quoy evyter ledit Pyel
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qui avoit encores sondit cousteau en la main, en frappa
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ung coup sur le visaige dudit Allain et l'ataignit en
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la bouche pour le fere lascher et laissa tellement que
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dudit coup ledit Pyel percza la levre et la langue
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dicelluy Allain et en a esté ledit Allain au lict gisant
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par aulcun temps ainsi que lesdits supplians ont ouy dire.
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Et apres que ledit Pyel fut eschappé d'entre les mains dudit
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Allain et de craincte qu'il avoit d'estre poursuy, prins et
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detenu, dist en s'en allant et courant en jurant le nom de dieu
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que s'il y avoit homme qui le poursuyvist qu'il le mectroit comme
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les aultres. Et pour ce que le lendemain, ledit Pyel ouyt dire
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que ledit Guillaume de Benay apres avoir esté confessé estoit allé
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de vie a trespas, assez tost apres ledit coup luy donné, celluy
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Pyel craignant rigueur de justice, s'enfuyt et absenta
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du pays et cartier ou il n'a ozé depuis retourner, a raison
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qu'il a esté averty que par plusieurs foiz, il avoit esté aiourné
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et convenu par notre court de Foulgeres a instance de procedure dicelle
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sur lesdits cas et y avoit desfailly par plusieurs foiz. Si nous
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ont lesdits supplians remonstré que ledit Piel auparavant lesdits
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cas ainsi commis par inconvenient, n'avoit jamais eu
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debat, hargne ne inimytié contre ledit Guillaume du Benay
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et de luy n'avoit aulcune congnoissance jucques audit jour et
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assemblee et n'estoit celluy Piel querelleux, debatif
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ne coustumier de s'emboyter, ains estoit simple homme,
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de bonnes meurs, bien vivant et se gouvernant honestement
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extroit de bons parens et gens de bien sellon leurs estat
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et condicion sans avoir esté auparavant reprins ne actainct
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d'aulcun aultre cas digne de reprehension. Nous supplians
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lesdits exposants qu'il nous plaise desdits cas impartir audit
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Noel Piel noz lettres de grace, remission et pardon, tres humblement
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les nous requerans. Pourquoy, etc.

Pelerin