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Rémission pour Jehan Hubert

Registre B34 Lettre n° 22

25/05/1532

<98 verso>
Remission pour Jehan Hubert, marchant, de la parroisse
de Trelles, la verificacion au seneschal de Rennes.
[1]
Francois, etc, savoir faisons, nous avoir receue l'humble
[2]
supplicacion des parens et amys consanguins de Jehan Hubert,
[3]
pouvre marchant de la paroisse de Trelles, chargé de femme et ensfant,
[4]
eaigé de vingt sept ans ou envyron, demourant soubz notre juridicion de
[5]
Rennes, Contenant que de longtemps et ancieneté pour chacun premier jour
[6]
de l'an, apres l'issue de vespres dudit jour, se gecte au bourg de Trelles
[7]
soubz ladite juridicion, une soulle qui est une grosse pelote de cuyr
[8]
remplye de feing* et bourre, apres et avecques laquelle se
[9]
jouent et courent plusieurs jeunes gens de diverses paroisses
[10]
pour esbat et joyeuseté a qui guaingnera et emportera ladite
[11]
pelote et soulle. Et que le premier jour de l'an derroin passé, sey trouva
[12]
entre aultres ledit Hubert pour veoir jouer a ladite soulle laquelle
[13]
ne fut pour ledit jour guaignee [?de nully?] pour ce qu'elle fut
[14]
en jouant crevee et rompue. Et apres avoir esté icelle soulle
[15]
jouee, se trouva et rendit ledit Hubert au soir dudit jour en
[16]
la maison et demourance d'un nommé Jehan Martin ou villaige
[17]
du Ragot en ladite paroisse Trelles, et avec luy Pierre Martin
[18]
et Pierre Maczon, Jacques Raoulliet et Guillaume Le Comte esperant
[19]
iceluy Le Comte aller veoir une fille dudit Jehan Martin que
[20]
ledit Le Comte pretendoit a avoir en mariage. Et soupperent
[21]
en icelle maison et en souppant diviserent diceluy mariage
[22]
et de pluseurs autres choses. Puix apres avoir souppé, aviserent
[23]
et delibererent eulx aller coucher ches ledit Pierre Martin au
[24]
villaige de Haustebaste en ladite paroisse de Trelles et s'en
[25]
partirent ensemblement pour y aller ledit Hubert,
[26]
Raoulliet, Le Comte et Francois Pani ayant ledit Raoulliet <99 recto>
[27]
ung broc de fer et lesserent encore en ladite maison
[28]
lesdits Pierre Martin et Maczon disans qu'ilz s'en alloint devant.
[29]
Et en faisant leur chemyn droict a la maison dudit Martin estans
[30]
pres d'un villaige nommé La Borardiere, aperceurent en une
[31]
piecze de terre anjoignant de leurdit chemyn aucunes
[32]
gens portans du feu qu'ilz ne congnoissoint fors qu'ilz
[33]
ymaginerent que c'estoint preneurs de oyseaulx et pour ce
[34]
qu'il estoit heure tard, se adviserent de aller veoirs
[35]
quels gens s'estoint ; et desfaict y allerent et passerent
[36]
en la piecze de terre ou ilz estoint pres ledit chemyn
[37]
tirant a la maison dudit Pierre Martin et se misdrent
[38]
derriere une haye pour regarder qu'ilz faisoint et
[39]
quelz gens c'estoint et que ne peurent congnoistre mays
[40]
veirent au feu qu'ilz estoint oysilleux et qu'ilz avoint
[41]
grant numbre de gens. A raison de quoy, ilz n'osoint
[42]
se approcher d'eulx, mays furent aperceuz par l'un de
[43]
eulx, gens incongneuz qui dist aux aultres par telles
[44]
parolles : « Voyez des gens la derriere ! » et craignant
[45]
ledit Hubert et dessurdits estre assailliz par derriere,
[46]
marcherent avant et fut ledit feu estainct et par l'un
[47]
desdits Raoullet, Pany ou Le Comte disant en l'endroict
[48]
ledit Raoullyet pour constituer les autres en crainte telles
[49]
parolles : « Tuez, tuez! » Et en ce disant, commancerent a
[50]
frapper les ungs sus les autres et s'entredonnerent
[51]
plusieurs coups et collees de bastons de boys et dudit broc
[52]
dont ledit Rollier estoit garny sans en avoir congneu aulcun
[53]
d'eulx pour ce qu'il estoit nuyct et qu'il faisoit fort
[54]
obscur et povoit estre lors envyron deux ou troys heures
[55]
de nuyct en faisans oudit conflict bruict et jurans
[56]
par pluseurs foiz le nom de dieu disans : « Tuez, tuez ! qu'il
[57]
reschappe pas ung ! »
Et apres se, departirent et
[58]
emporterent ledit Hubert et dessurdits le [?cloiouere?] a
[59]
prandre oyseaux que lesdits incongneus avoynt.
[60]
Or est advenu que ung nommé Jehan Broschard qui estoit
[61]
de la bande desdits oysilleux incongnuz, au moyen de quelqeus
[62]
coups qu'ils ruerent oudit conflict le landemain ainsi
[63]
que l'on dit par faulte de pensement, gouvernement ou autrement,
[64]
alla de vie a trespas. Pour raison duquel cas et
[65]
homicide, ledit Hubert doubtant rigueur de justice,
[66]
s'est absenté du pays auquel ne ailleurs il n'oseroit
[67]
bonnement ne surement converser ne soy tenir si noz
[68]
grace de remision et misericorde ne luy estoint
[69]
sur ce imparties. En nous humblement requerant <99 verso>
[70]
que actendu la forme du faict qui est advenu par cas
[71]
fortuit et inopiné sans aucune precogitacion et
[72]
mesures que en touz ses affaires ledit Hubert a esté
[73]
bien famé et renommé sans jamais avoir esté
[74]
actaint ne convaincu d'autre villain cas, blasme
[75]
ou reproche qu'il nous plaise sur ce luy impartir
[76]
noz lettres de grace de remission, tres humblement
[77]
requerant icelles. Pourquoy nous, etc.

De Kerguern