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Registre B34 Lettre n° 35

26/06/1532

<130 verso>
Remission pour Yvon et Jehan du Dresnay,
la verification aux juges de Karhaez.
[1]
Francois, etc, savoir faisons, a touz presents et a venir, nous
[2]
avoir receu l'humble supplicacion et requeste des parens <131 recto>
[3]
et amys consanguyns de Yvon et Jehan du Dresnay,
[4]
freres, jeunes gentilhommes, natifs et originaires
[5]
de notre juridiction de Karhaez, ledit Yvon estant homme
[6]
d'armes de noz ordonnances, Contenant que le lundi des
[7]
feries de la Pentecoste derniere passee, y eut ung an, ledit
[8]
Yvon du Dresnay, sa femme et compaigne espouse, et
[9]
autres gentilzhommes et damoiselles en leur compaignye,
[10]
allerent ensemblement au pardon en une chapelle appellee
[11]
la chapelle de Saint Heloy situee en la paroisse de Paoul
[12]
en l'evesché de Cournouaille, auquel jour y a par chacun
[13]
an grosse assemblee. Et envyron une heure ou deux
[14]
apres, aryva oudit Saint Heloy ledit Jehan du Dresnay,
[15]
frere dudit Yvon lequel avoit esté disner au manoir
[16]
de Kervegues en la compaignie du Sr du Vieulx Chastel,
[17]
sa compaigne et autres bas personnaiges y estans,
[18]
et de la s'en vint en ladite chapelle boullant et se bastant
[19]
par les chemyns. Et a son arryvee audit Saint Heloy, alla
[20]
visiter ladite chapelle et fere sa devotion et pareillement
[21]
les autres qui estoint en sa compaignie, et a la sortye
[22]
dicelle chapelle, trouva illecques plusieurs jeunes
[23]
gens qui s'ebastoint a gecter la pierre de feix avec
[24]
lesqueulx par maniere d'esbat et passetemps se mist ledit
[25]
Jehan du Dresnay en pourpoint pour myeulx ruer
[26]
ladite pierre, n'ayant ledit Jehan point lors avec luy aucune
[27]
espee ne autre baston. Et ainsi que ledit Jehan et autres
[28]
de la compaignie s'esbatoint audit jeu, arryva illec
[29]
avec eulx Jehan du Pampoullou, Sr de Saint Avazone,
[30]
frere aisné de Loys du Pampollo, greffier d'office dudit
[31]
Karhez, quel Jehan du Pempollou se mist a regarder
[32]
le jeu et s'entre salluerent honnestement luy et ledit
[33]
Jehan du Dresnay come gentilhomes ont acoustumé de
[34]
fere. Et tost apres survint en ladite compaignie ung
[35]
nommé Pierres Audren, surnommé Le Bragart, homme
[36]
de baz estat, ayant une espee au costé, lequel ne
[37]
daigna salluer la compaignie ne oster son bonnet.
[38]
Et voyant ledit Jehan du Dresnay la gloyre et presumption
[39]
dudit Audren, luy demandast il ne savoit autre bien ne
[40]
autrement ses contenances et qu'il voyoit les autres gentilhomes
[41]
s'entre salluer honnestement et hoster leurs bonnetz ce qu'il
[42]
n'avoit faict ; auquel du Dresnay respondit ledit Audren <131 verso>
[43]
que il n'eust point osté le bonnet pour luy. A raison
[44]
de quoy se approcha ledit Jehan du Dresnay dudit Audrain et
[45]
luy donna ung soufflet de sa main nue sur la joue,
[46]
luy disant : « Villain portable que tu es ! je te apprandré
[47]
les contenances. »
Et sur ce, se departit ledit Audren,
[48]
et ledit Jehan du Dresnay demoura illecques regardant
[49]
audit jeu de pierre en pourpoint en la compaignie
[50]
dudit Jehan du Penpoullou, frere dudit Loys et de plusieurs
[51]
autres. Et asses tost apres, ledit Loys du Pempoullou
[52]
qui estoit en une taverne asses pres de ladite chapelle,
[53]
ayant en sa compaignie plusieurs gentilhomes et
[54]
autres gens portables adverty que ledit Jehan du Dresnay
[55]
avoit donné ung soufflet audit Audren que ledit du Pempoullo
[56]
avouoit son serviteur, se leva de table, gecta sa
[57]
robe ayant son espee au cousté, tout efrené, esmeu
[58]
et changé de couleur, disant ausdits gens portables
[59]
et autres qui estoit en sa compaignie : « Ayons des
[60]
pierres et courons sur luy ! »
en parlant dudit Jehan
[61]
du Dresnay : « Je voyré s'il eschapera ! » s'en vint tout
[62]
droict au lieu auquel estoit ledit Jehan du Dresnay
[63]
en pourpoint, gectant ladite pierre et il ainsi esmeu
[64]
et eschausfé dist audit Jehan du Dresnay : « Meschant,
[65]
malheureux que tu es ! Pourquoy a-tu frappé mon
[66]
serviteur ? »
Auquel Loys du Pempoullou respondit ledit
[67]
du Dresnay qu'il n'estoit point meschant et que si il eust
[68]
eu une espee comme luy que il luy eust montré qu'il
[69]
n'estoit point meschant, disant outre oudit de Penpollo
[70]
qu'il y avoit longtemps que icelluy du Penpollo luy
[71]
voulloit du mal et sans l'avoir deservy vers luy.
[72]
Duquel differant, querelle et parolle fut adverty ledit
[73]
Yvon du Dresnay, frere dudit Jehan, qui lors estoit en
[74]
une autre taverne audit Saint Heloy, en la compaignie
[75]
de plusieurs gentilhomes, damoiselles et autres gens.
[76]
Et de peur que ledit Loys de Penpollo n'eust outraigé ou
[77]
mys a mort sondit frere, se partit ledit Yvon du Dresnay
[78]
de la compaignie en laquelle il estoit a boyre et commancza
[79]
a aller la part ou estoit sondit frere. Et come il estoit arryvé
[80]
pres la croix estante au-devant de ladite chapelle, trouva
[81]
illecques ledit Loys du Pempoullo accompaigné de plusieurs
[82]
gens de baz estat et autres ayans bastons et pierres en les <132 recto>
[83]
mains quel Loys du Pempollo injurioit ledit Jehan
[84]
du Dresnay qui illecques estoit en pourpoint et sans
[85]
baston ne espee l'appellant : « Coquyn ! » et « Belistre ! »
[86]
et luy disant : « Je te trouveray ! » Et ainsi que ledit du
[87]
Pempollo s'esforczoit d'evaginer son espee laquelle
[88]
ja il avoyt tiree jucques a demy, faisant contenance
[89]
de en voulloir frapper ledit Jehan du Dresnay et
[90]
l'outraiger, ledit Yvon se doubtant que ledit Loys
[91]
du Pempollo n'eust illec tué sondit frere, s'aprocha
[92]
dudit Loys et luy donna ung coup de poignart
[93]
en la poictrine. Et ledit Jehan qui estoit lors
[94]
degarny d'espee, constitué en crainte et doubte
[95]
de sa vie, ne saichant que sondit frere eust frappé
[96]
ledit Loys du Pempollo, trouva illec ung garson
[97]
auquel de paravant il avoyt baillé sadite espee
[98]
et la print et soy detourna vers ledit Loys
[99]
du Penpollo auquel il donna ainsi esmeu
[100]
en chaulde colle ung coup ou deux d'estoc de sadite
[101]
espee, ne sceit en quel endroit de son corps :
[102]
a raison desquelz coups, ledit de Pempollo tomba
[103]
a genoulx. Et sur ce, soy retirerent lesdits Yvon et
[104]
Jehan du Dresnay ausquelz est depuyx venu a
[105]
congnoissance que a occasion desdits coups, ledit de Pempollo
[106]
estoit allé de vie a trespas. Et a celle cause,
[107]
lesdits Yvon et Jehan du Dresnay ont esté par plusieurs foiz
[109]
adjournez et jugez deffaults par notre court de Karhez
[110]
a instance de notre procureur dicelle. Nous remonstrans
[111]
outre lesdits suplians que lesdits Yvon et Jehan du Dresnay
[112]
sont jeunes gentilhomes de bonne extraction
[113]
soubz le age de vingt deux ans , enffans de
[114]
famille doulx et paisible non querelleux
[115]
et bien vivans sans jamays avoir faict perpetré actaint
[116]
ne convaincuz d'aucun autres mauvaix cas fors celluy de
[117]
present duquel lesdits exposans nous ont supplyé et requis
[118]
leur impartir noz lettres de grace, remission et pardon.
[119]
Tres humblement les nous requerans, pour quoy, etc.

Mandart