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Rémission pour Gregoire Le Merle

Registre B34 Lettre n° 4

22/01/1531 [22/01/1532]

<13 recto>
Remission pour Gregoire Le Merle, la verifficacion
aux juges de Nantes dont la teneur ensuilt.
[1]
Francois, etc, a tous presens et a venir, savoir faisons, nous
[2]
avoir recu l'humble supplicacion et requeste des pares et
[3]
amys consanguins de notre pouvre subgect Gregoire Le
[4]
Merle, sergent tant des courtz de Nantes que des doyen
[5]
et chappitre dudit lieu, Contenant que le mercredy quart
[6]
jour d'octobre derroin sur le bruyt et scandal qui estoit en la
[7]
rue de Saint Clemens pres dudit Nantes, que ung
[8]
nommé Jacques Billon, estrangier de la comté dudit
[9]
Nantes, acompaigné d'une nommee Perrine estimee en
[10]
la rue dudit Saint Clement meschante de son corps
[11]
estoient venuz logier en ladite rue de Saint Clement
[12]
en une maison apartenant a Thoumas Bourgeoys, claveurier,
[13]
demeurant en ladite parroisse dudit Saint Clemens en la
[14]
rue dudit lieu en une aultre maison de l'autre cousté
[15]
de ladite rue quasi vis-a-vis de ladite aultre maison luy
[16]
apartenant. Et que aulcuns disoint en ladite rue Saint Clemens
[17]
que il n'y avoit propos ne raison de souffrir paillardie,
[18]
ne meschanceté en icelle rue habitee de gens de bien
[19]
et bien vivans fut a divysé en [?tourbe?] par aulcuns de ladite
[20]
rue que ledit Le Merle, sergent, de ladite court desdits doyen et chappitre,
[21]
soubz laquelle court et juridicion est ladite rue de Saint Clement,
[22]
feust allé intimé ausdits Jacques Billon et Perrine
[23]
qu'ilz eussent vuydé ladite maison. Et ledit Le Merle
[24]
estant ledit jour environ l'heure de cinq heures apres <13 verso>
[25]
medy en la maison Thoumas Colin en ladite rue Saint
[26]
Clement, passerent par devant icelle maison lesdits Jacques
[27]
Billon et Perrine queulx venoient devers la ville dudit
[28]
Nantes et entrerent en la prochaine maison de celle dudit
[29]
Thoumas Colin apartenant audit Bourgeoys en laquelle
[30]
demouroit Perrine, femme Guillaumette Colin. Et apres qu'ilz y
[31]
furent entrez, ledit Le Merle qui estoit quelque peu
[32]
prins de vin dist par telles parolles : « Par dieu, ilz ne
[33]
logeront pas ceans ! »
parlant desdits Jacques Billon et Perrine,
[34]
« ilz yront loger aux champs ! » et lors sortit celluy Le
[35]
Merle hors la maison dudit Thoumas Colin et entra
[36]
en celle ou lesdits Jacques et Perrine avoient entré en
[37]
une chambre haulte du devant de ladite maison ou estoit
[38]
lesdits Jacques et Perrine. Ausqueulx ledit Le Merle dist
[39]
de premier arrivee : « Je vous intyme que vous ayez a
[40]
sortir et desloger de ceste chambre. »
Auquel
[41]
Le Merle, ledit Jacques respondit qu'il ne sortiroit
[42]
et qu'il estoit en sa chambre et qu'il l'avoit louee
[43]
de ladite femme Guillaumette Colin. Et alors ledit Le Merle print
[44]
ledit Jacques par la robbe, le voullant mectre hors
[45]
ladite chambre et sur insistance et reffuz que faisoit
[46]
ledit Jacques de sortir dicelle chambre, ledit Le
[47]
Merle print ledit Jacques au poil, et aussi lesdits Jacques
[48]
et Perrine prindrent au poil ledit Le Merle en maniere
[49]
que ledit Le Merle tomba soulz eulx. Et sur le bruyt
[50]
et cry de force au roy qu'il estoit en ladite maison,
[51]
y alla ledit Thoumas Colin quel les departit et apres
[52]
ledit Le Merle avoit esté relevé, il desplaisant
[53]
et courroussé de l'exces que luy avoit faict ladite Perrinne
[54]
et sur ce que elle luy dist qu'il s'en repentiroit,
[55]
luy bailla deux souffletz a l'occasion desquelz elle
[56]
saigna du neix. Et se print apres et incontinent
[57]
descendit ledit Le Merle de ladite chambre, s'en alla
[58]
ches luy et print une espee et en retournant a la [sic]
[59]
ou estoint lesdits Billon et femme, trouva ledit Thoumas
[60]
Bourgeoys auquel il dist que ung homme avoit <14 recto>
[61]
amené en une chambre de maison apartenant audit Bourgeoys
[62]
situee en la rue dudit Saint Clement en laquelle estoient
[63]
demourans Ligier Bonhourt et Perrine Desse, femme Guillaumette Colin
[64]
et aultres louaigiers, une meschante femme et que c'estoit grant
[65]
scandales demourans en ladite rue de Saint Clement et que
[66]
a ce que il estoit allé en ladite chambre ou ilz estoient pour
[67]
les debvoir fere vuyder, ilz l'avoient prins es cheveux,
[68]
l'avoint baptu disant oultre ledit Le Merle audit Bourgeoys
[69]
que comme officier il luy faisoit commandement de fere vuyder
[70]
de sadite maison lesdits homme et femme demandant audit Bourgeoys
[71]
s'il vouloit souffrir une meschante en sa maison. Quelles
[72]
parolles ouyes par ledit Bourgeoys, alla avecques ledit Le Merle
[73]
en ladite maison ayant en l'une de ses mains une paire de tenaille
[74]
et une chandelle en l'aultre pour dire esdits homme et femme
[75]
qu'ilz eussent a vuyder sadite chambre pour ce mesmes
[76]
que celluy Bourgeoys disoit que en icelle chambre
[77]
il avoit ung lict et n'y en avoit aultre que le sien
[78]
et ne voulloit qu'ilz eussent comis leur putacerie en sadite
[79]
chambre ne sur son lict. Et comme ilz furent arrivez
[80]
en ladite chambre, ilz trouverent lesdits homme et femme
[81]
quel homme estoit assis sur le lict qui estoit en ladite
[82]
chambre embrassant une quenoille du charlict
[83]
et illecques pres estoit ladite femme qui saignoit
[84]
et plouroit disante que ledit Le Merle luy avoit baillé
[85]
deux coups ou souffletz sur le visaige. Ausquelz Billon
[86]
et femme, ledit le Merle dist qu'ilz eussent deslogé
[87]
dicelle chambre et maison et que ilz n'estoint
[88]
acoustrez ne ressembloient en gens de bien et
[89]
pareillement ledit Bourgeoys leur dist qu'ilz eussent
[90]
sorty de sadite chambre et que le lict qui y estoit
[91]
estoit sien. A quoy ledit home dist assez arrogantes
[92]
que ilz n'eussent sorty de ladite chambre et que il
[93]
l'avoit loué de la femme Guillaumette Colin disant qu'il
[94]
n'avoit que fere o ledit Bourgeoys qu'il n'en eust
[95]
sorty pour personne s'il n'en eust esté mis hors
[96]
par les piedz et par la teste. Et sur ce ledit Bourgeoys <14 verso>
[97]
fist esfort de tirer celuy homme qui tenoit ladite quenouille
[98]
de charlict embrassee o ung braz ainsi que devant est
[99]
dit, ce que touteffoiz ledit Bourgeoys ne peult faire
[100]
pour lors et se mist ledit Le Merle et ung nommé
[101]
Laurens Ronceau qui arriva sur ledit faict et a ayder
[102]
audit Bourgeoys et eulx troys assemblement destacerent
[103]
celluy homme de ladite quenoille de lict en telle maniere
[104]
qu'ilz le osterent hors le dessus ledit lict et le misdre
[105]
hors ladite chambre et apres ce, ferma ledit Bourgeoys
[106]
o clef l'huys dicelle de laquelle pareillement auparavant
[107]
estoit yssue ladite femme qui estoit o ledit Billon. Et
[108]
ce faict, ledit Le Merle voyant que celluy homme
[109]
qui estoit en l'huisserie de celle chambre et
[110]
regardoit devers icelle doubtant qu'il eust encores
[111]
voulu entrer en ladite chambre, donna du pommeau
[112]
de sadite espee ung seul coup sur le visage dudit homme
[113]
lequel tomba lors a terre. Ne scet si ce fut
[114]
a raison dudit coup ou bien comme on le poussoit
[115]
en le mectant hors de ladite chambre, a l'occasion
[116]
duquel coup, celluy Billon grandement saignoit
[117]
et ledit suppliant desplaisant de ce et aussi
[118]
qu'il voyoit celluy homme ainsi saigner
[119]
et que ladite femme pareillement saignoit par le neix
[120]
sce retourna en sadite maison ou il estoit demourant
[121]
et en se descendant par le vir de ladite chambre
[122]
ouquel estoit ladite femme ainsi que ledit Le Merle
[123]
passa par aupres d'elle, se print ladite femme
[124]
crier sans touteffoiz qu'il luy touchast ne luy
[125]
feist aulcun mal ne baillé aulcuns aultres
[126]
coups a ladite femme ne audit homme fors [?les sur?] remonstrer.
[127]
Et depuix, luy est venu a congnoissance que les
[128]
dixme ou dozeme jours apres celluy debat et conflict
[129]
celle femme est morte et decebdee en l'aulmonnerye de
[130]
Toussainctz es forsbourgs dudit Nantes ou elle
[131]
et ledit Jacques s'estoient retirez, ne sceit si ce fut <15 recto>
[132]
a raison des deux coups ou souffleictz que elle disoit
[133]
celluy Le Merle luy avoir baillé ou bien de maladie
[134]
contagieuse qui lors regnoit tant en ladite aulmosnerie que
[135]
ailleurs ou bourg de Vretays pres lequel est ladite aulmonnerie,
[136]
situee ainsi qu'il est notoire et commun. Combien que
[137]
icelle femme apres avoir esté ainsi par ledit Le Merle
[138]
frappee, feust aller et venue querir vivres et provisions
[139]
pour ledit Jacques et par divers jours sans qu'elle se doleist
[140]
depuis celluy jour quelquessoit filloit sa quenoille et
[141]
menoit ledit Jacques par devers les gens de la justice
[142]
pour se plaindre desdits exceix. Quel deceix de ladite feme
[143]
venu a notice dudit Le Merle pour ce que c'estoit au
[144]
dedans des quarante jours du conflict craignant estre
[145]
apprehendé de sa persone, s'est rendu fugitif, laissé
[146]
sa feme et mesnaige et a esté ledit le Merle en vertu
[147]
d'un mandement evocatoire en notre court dudit Nantes
[148]
de nous obtenu par plusieurs foiz ajourné tant a son
[149]
domicille que a ban ausquelz aiournemens il n'a comparu et
[150]
que notre personnel dudit Nantes
[151]
dudit chappitre procedent allencontre dudit Le Merle
[152]
tendans par contumaces le convaincre et mectre a forban.
[153]
A raison de quoy audit Le Merle abandonner le pays, sa femme
[154]
et mesnaige si par nous ne luy est sur ce pourveu
[155]
quel le Merle auparavant ledit cas avenu de tout temps
[156]
a esté de bon rest, gouvernement, bien famé et renommé,
[157]
hantant et frequentant les gens de bien sans jamais
[158]
avoir esté actainct ne convaincu d'aulcun mauvaix cas et digne
[159]
de reproche. Nous suppliant qu'il nous plaise a tout ce que
[160]
dessus avoir esgard et de notre benigne grace dudit cas
[161]
impartir audit Le Merle noz lettres de grace, remission
[162]
et pardon, tres humblement le nous requerans. Pourquoy
[163]
nous, lesdites choses considerees.

Darande