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Registre B34 Lettre n° 44

26/07/1532

<151 recto>
Lettre de pardon pour les denommez en icelle, l'adresse aux
juges de Nantes.
[1]
Francoys, etc, A noz senneschal , alloué et lieutenant de Nantes,
[2]
Salut. René de Belle, Sr de Gouvort et de Liré, Francoys <151 verso>
[3]
Sepillon, Germain Archevesque, Olivier Renoire, Jehan Maulnet,
[4]
Morice Drean, Jehan Nean, [?Plande?] de Champaignetes
[5]
et Chandrou et chacun nous ont faict dire et
[6]
remonstrer que pour certains crimes et enormes delitz
[7]
dont maitre Francois Guerriff, prebtre, estoit accusé, et entre
[8]
autres, de defloracion de filles, baptues de gens
[9]
et autres crimes par luy commis et perpetuez en la
[10]
terre et jurisdicion dudit Liré sur les hommes et
[11]
subgectz dicelluy de Belle, il auroit esté d'auctorité
[12]
de la court et chapistre de Nantes ouquel diocese
[13]
celluy Guerriff estoit demourant, prinse de
[14]
corps decretee sur la personne dudit Guerriff.
[15]
Et pour icelluy executé, eust l'official dudit
[16]
Nantes supplié et requis en ayde de droict
[17]
les gens de justice seculliere de rendre
[18]
icelluy Guerriff es prisons de ladite court
[19]
ecclesiaste pour le justifier. Et soit ainsi
[20]
que ledit Guerriff puis Pasques derniers
[21]
voullut tirer et blecza jucques en peril
[22]
de mort Georget Constant, homme et subgect
[23]
dudit de Belle en sa Srie de Liré, et a
[24]
celluy crime ledit Constan le suyvoit pourr justice
[25]
par ladite officiaulté, a raison mesmes
[26]
qu'il avoit defloré et engrossé une nommee
[27]
Jullienne, fille de la femme dicelluy Constan,
[28]
auroit celluy Constan sollicité et procuré a
[29]
son povoir ladite prinse estre mise a execucion .
[30]
Et tellement auroit faict et pour consceu qu'il
[31]
auroit trouvé ledit Guerriff en la ville
[32]
d'Ancenix, auquel lieu le prevost dicelle
[33]
en vertu desdits decret de prinse et
[34]
requisitoire mesmes a la supplicacion et
[35]
requeste dudit Constan qui se fit partir
[36]
comme ledit Guerriff eust faict prandre ledit
[37]
Guerriff et mectre en detencion ou chantre dudit <152 recto>
[38]
Ancenix le vingt cinquieme jour de may derroin.
[39]
Et envyron l'heure de quarte ou cinq heures apres
[40]
midy incontinant ladite prinse faicte, ledit
[41]
Constan se seroit transporté de vers ledit de Belle
[42]
duquel il estoit et est homme [?eslaigne?] lors
[43]
estant en sa maison de La Turmelliere,
[44]
a distance dudit Ancenix demye lieue ou environ,
[45]
l'advertiz de ladite prinse et le supplier son plaisir estre
[46]
soy transporter audit Ancenix affin de prier les officiers
[47]
dudit lieu bailler et delivrer icelluy Guerriff et bailler
[48]
de ses gens pour icelluy Guerriff mener et conduire
[49]
es prinsons dudit official en bonne et seuvegarde
[50]
et empesché qu'il ne feust escoux* et ou eschappé par
[51]
les chemyns par les mauveix garsons avec lesqueulx
[52]
souventeffoiz il frequantoit. A la requeste et priere
[53]
duquel Constan et en [?zelle?] de justice pour ce
[54]
mesmes que ledit Guerriff estoit homme de mauvaise
[55]
et dissolue vie, avoit opressé, baptu et exedé
[56]
et tormentoit les hommes et subgectz dudit Liré
[57]
et vivoit de vie dissolue, ledit Le Belle celluy mesme
[58]
jour soy transporta audit Ancenis acompaigné
[59]
de maistre Francoys de La Roche qui
[60]
souventeffoiz avec luy alloit et de cinq ou six
[61]
de ses gens ayans leurs bastons au cousté
[62]
ainsi qu'ilz avoint acoustumé porter, une halbarde,
[63]
une arbalaistre, deux ou troys rondelles et aultant
[64]
de pourpoinctz d'escailles ou brigandines. Et apres
[65]
qu'il fut arrivé audit Ancenix au logex « A l'escu
[66]
de France »
ou il avoit acoustumé loger qui fut
[67]
envyron neuf ou dix heures le soir, luy fut dict
[68]
que ledit Guerriff avoit du secours et que l'on
[69]
travailleroit bien a le mener audit Nantes, a
[70]
raison que ung nommé Boisgency estant mauveix garson <152 verso>
[71]
et dangereux estoit troys ou quatre heures auparavant
[72]
arrivé audit Ancenix acompaigné de nunbre de gens.
[73]
Et pour ce que ledit Boisgency avoit puys ung an ou
[74]
deux auparavant occys ung nommé Jehannot,
[75]
serviteur dicelluy de Belle et du Sr du Ponceau, son
[76]
beau frere, faict et perpetré plusieurs crimes et
[77]
enormes delitz et entre autres : ports d'armes,
[78]
volleries, ravissement de populacion, [?defruictz?]
[79]
en divers lieulx ; et entre autres : un prieuré
[80]
de Liré et Chantoceaux et mesme pres ladite maison
[81]
de La Tourmelliere en la terre et [??]
[82]
dudit Liré et en plusieurs lieulx a l'entour dicelluy ;
[83]
ayant o luy numbre de gens en armes garniz
[84]
de haquebutes, haquebouses, javelines, partisanes,
[85]
picques et autres bastons invasiffs. A raison
[86]
desquelles choses y avoit eu prinse de corps
[87]
decretees sur la personne dudit Bosgency entre
[88]
lesquelles y en avoit une decretee de notre auctorité
[89]
et lettres patentes expediees, par lesquelles estoit mandé
[90]
et commandé audit de Belle entre autres prandre et
[91]
apprehender de corps icelluy Boisgency la
[92]
[?part?] qu'il seroit trouvé, fust en cedit pays
[93]
ou Poictou ou autre part qu'il seroit et le remettre
[94]
es mains de justice voullant celluy de Belle
[95]
obeir a notre commandement et mectre a execucion
[96]
ladite prinse de corps sur ledit Boisgency quel
[97]
estoit en grant bande. Et aussi affin qu'il n'eust
[98]
escoux ledit Guerriff sur le chemyn dudit
[99]
Nantes pour tant que a ce que autreffoiz celluy
[100]
Guerriff avoit esté prins et que l'on le conduissoit
[101]
par cause audit Nantes en ung basteau ledit
[102]
Boisgency ayant une hacquebouse actainctee sur
[103]
ung rocher le feu en la main aicompaigné de
[104]
dix sept ou vingt compaignons de sa suite, contraignit <153 recto>
[105]
les conducteurs dudit Guerriff qui le menoint
[106]
en ung basteau par sur la ripviere de Loyre es
[107]
prinsons de l'officiaulté dudit Nantes, venir a terre
[108]
leur disant, par le sang dieu que si ilz ne
[109]
branloint* et venoint a terre qu'ilz les mectroint
[110]
au fons de l'eau. Et de craincte et peur que leur
[111]
feist ledit Boisgency les contraignit venir a terre ;
[112]
et tellement furent perturbez et constituez en
[113]
craincte que ledit Guerriff leur eschappa.
[114]
Et le landemain au matin, envoya celluy de Belle
[115]
querir ung sergent en la ville dudit Ancenys,
[116]
nommé Marin Blovyn qui a luy se rendit auquel
[117]
il feist recit desdites prinses de corps sur ledit
[118]
Boisgency decretees et qui le voulloit faire
[119]
prandre pour le rendre a justice et que ledit sergent
[120]
le pranseist et qu'il et ses gens luy donnerent
[121]
ayde et secours a ce faire et qu'il se faisoit
[122]
partie formelle comme ledit Boisgency a l'ocasion dudit
[123]
meurtre parr luy perpetré en la personne dudit Jehannot.
[124]
Et lors, se partirent lesdits sergent, de Belle et
[125]
aultres cy-dessus nommez du logeix dudit Belle
[126]
ayans leurs espees, halbardes, pourpoincts
[127]
d'escailles, brigandines, rondelles et arbalaistre
[128]
qui estoit bandee et ung garrot ou ciseau
[129]
dessur non pas en intencion de exeder personne
[130]
mais pour constituer celluy Boisgency et autres o luy
[131]
estans en crainte a ce que plus facillement et sans
[132]
resistance l'eussent prins. Et yssirent par la porte
[133]
du derriere affin dicelle prinse executé sur ledit
[134]
Boisgency quel on leur dist estre sur le chemyn
[135]
d'entre le couvent de Sainct Francoys dudit Ancenis
[136]
et le port au vin en compaignie d'autres juc au
[137]
numbre de sept, huict ou dix personnes queulx ou la <153 verso>
[138]
pluspart diceulx estoint garniz d'espees, rapieres
[139]
ou verduns. Et auparavant ledit Belle et sesdits
[140]
gens yssir dudit logeix leur deffendit celluy
[141]
de Belle de non faire mal a personne mais
[142]
seullement prandre et aprehender ledit Boisgency
[143]
sans le blecer ne exceder si faire le povoit
[144]
s'il ne se mectoit en deffence ou s'esforczast
[145]
les oultraiger. Et ainsi que celluy de Belle
[146]
et sesdits gens et mesmes ledit sergent sortirent
[147]
par le derriere dudit logeix de l'Escu de France,
[148]
eulx estans en l'endroict d'un jardrin apartenant au
[149]
prevost d'Ancenys asses pres dudit couvent
[150]
de Sainct Francoys, rencontrerent ledit Boisgency
[151]
lequel marchoit Jullien de Malestroict,
[152]
Sr de Connoy, et six ou sept autres
[153]
apres enbastonnez comme dessus. Et a ce
[154]
que ledit de Belle, sesdits gens et sergenct
[155]
s'approcherent desdits de Malestroict et Boisgency,
[156]
desgaignerent marchans devers ledit Boisgency
[157]
davant lequel marchoit ledit de Malestroit
[158]
quel demanda audit de Belle et autres
[159]
o luy estans par telles parolles : « Que esse ycy ?
[160]
Veullez-vous faire oultraige en ma compaignie ? »

[161]
A quoy celluy de Belle dist par semblables
[162]
parrolles et par reiterees foiz : « Retirez-vous,
[163]
mon Sr de Connoy ! On ne vous demande riens,
[164]
on ne veult point de mal ne a personne
[165]
de votre compaignie, on ne veult que prandre
[166]
cestuy cy qui tua mon serviteur Jehannot. »

[167]
Parlant dudit Boisgency quel il monstra
[168]
audit sergent et autres de sa compaignie.
[169]
Neantmoins et que ladite arbalaistre qui estoit <154 recto>
[170]
bandee, le garrot ou siczeau dessur luy feust
[171]
presentee affin de le constituer en craincte et que
[172]
se retirast sans toutesfoiz la dessarrer ledit
[173]
de Malestroict ne se voullant retirer et desgaigna
[174]
son baston et ledit Boisgency le sien et mist
[175]
son manteau ou cappe a l'entour de son braz
[176]
et se mist en deffence. Auquel Boisgency,
[177]
ledit de Belle dist par diverses foys qu'il se rendist
[178]
a justice et qu'il failloit que elle se fist
[179]
ce que ne voullut faire ains avec son espee
[180]
ayant sondit manteau sur le braz, se mist
[181]
en deffence et rua aucuns coups tendant
[182]
resister et empescher que ledit de Belle et sesdits
[183]
gens aprochassent de luy et le prenseissent ;
[184]
et en icelluy conflict y eut plusieurs coups ruez
[185]
tant d'une pierre que [?donner?]. Et voyant lesdits
[186]
sergent, de Belle et ceulx qui o eulx estoint
[187]
la resistance que faisoit ledit Boisgency
[188]
pour empescher qu'il evadast et fuist ou
[189]
bien qu'il se retirast au couvent de Sainct
[190]
Francoys ainsi quelz avoint faict aucuns de
[191]
sa compaignie, se misdrent a l'envyronner
[192]
le voullant prandre a ladite fin de le rendre
[193]
a justice sans touteffoiz avoir intencion
[194]
de luy faire aucun mal. Et comme ainsi
[195]
qu'il se batoit et reculloit devers ledit couvent
[196]
de Sainct Francoys, ledit Moulinet qui avoit
[197]
ladite halbarde par cas fortuit ou
[198]
actaignit ledit Boisgency de l'estoc dicelle au
[199]
cousté d'estoc au-dessoulz de l'espaoulle duquel seul coup il Quoy
[200]
tumba contre une muraille illec pres estante et perdit la parolle.voyant ledit de Belle et sesdits gens pensans <154 verso>
[201]
que ledit Boisgency feist [?le fin?] pour cuyder
[202]
eschapper et qu'il ne feust bleczé quequessoit
[203]
de coup mortel, le feist celluy de Belle
[204]
prandre par ledit sergent sesdits gens et autres
[205]
estans sur le lieu et porté devant la
[206]
maison dudit prevost d'Ancenis le voullant
[207]
mectre entre ses mains pour le constituer
[208]
prisonnier au chateau dudit Ancenys pour [?aupoursur?]
[209]
le faire mener et conduire en noz prinsons
[210]
de Nantes ; et feist son devoir d'envoyer
[211]
querir barbiers et gens pour le penser et
[212]
pria ledit provost proceder a enqueste
[213]
et informacion du contenu cy dessur [??]
[214]
la forme en faire. Et pour ce que celluy
[215]
Boisgency ne parloit, fut visité et trouvé
[216]
qu'il estoit mort. Dempuis quoy et pour ce
[217]
que la terre et jurisdicion dudit Ancenys
[218]
estoit et est tumbee en rachapt notre procureur
[219]
de notre jurisdicion de Nantes soubz laquelle
[220]
est ladite ville d'Ancenys situee, a faict
[221]
aiourner lesdits suppliants par troys ou quatre foys
[222]
a [?la pierre dingrande?] et ailleurs ou ilz ont
[223]
deffailly par plusieurs foys sur le faict et
[224]
accusacion d'avoir occys et mis a mort
[225]
en mauvaise maniere lesdits Boisgency
[226]
tendant les mectre a forban et vers eulx
[227]
faire proceder a pugnicion corporelle. Nous
[228]
suppliant qu'il nous plaise a ce que dessur avoir
[229]
esgard et actendu que ledit meurtre
[230]
ne a esté [?commis?] de faict appansé, ains
[231]
par cas fortuit voullans lesdits suppliants obeir
[232]
aux conmandemens de prandre ledit <155 recto>
[233]
Boisgency et le rendre a justice, leur quicter
[234]
et pardonner le cas dessurdit en les reduisant
[235]
a leur fame vie, estat et bonne renommee
[236]
et biens ainsi qu'ilz estoint auparavant ledit
[237]
cas advenu, humblement le nous requerant.
[238]
Pour quoy nous lesdites choses considerees et que le cas dessusdit
[239]
a esté faict par cas fortuit d'inoppiné et tendans rendre et mectre entre
[240]
les mains de justice ledit Boisgency en ensuyvant les prinses amparavant
[241]
celles heures sur luy commandees pour les cas, crimes et delictz
[242]
par luy perpetrez, avons aujourduy de notre auctorité, grace especiale et
[243]
puissance plainiere, quicté et pardonné, quictons et pardonnons par ces presentes
[244]
ausdits surnomez supliants et chacun les cas et crime auquel ilz sont et
[245]
pourroint estre cheuz et encouruz envers nous et justice a raison
[246]
de l'homicide dudit Boisgency avec toutes et chacunes les peines, taux,
[247]
pugnicions et amandes tant corporelles, criminelles que civilles,
[248]
sans toutesfoiz s'il vous est apareu ou a l'un de vous notre procureur
[249]
dudit Nantes et pour ledit complaignants saucunes sont presentes ou appellee
[250]
apparu ou appiert du [?donne?] entendre cy-dessus ou de tant que suffire
[251]
doyt ouquel cas avons de noz auctorité et grace especiale restitué
[252]
et restituons les dessusdits supliants et chacun a leur estat, fame et
[253]
regnommee, biens, justes possessions et saesines quelzconques
[254]
tout ainsi qu'ilz estoint auparavant ledit cas commis et perpetué
[255]
en reiectant et reiectons par ses presentes tous deffaulx, saesines,
[256]
bannissemens ou autres esplectz de justice faictz contre eulx
[257]
et a leur prejudice pour cause et a raison dudit cas ; et dicelluy
[258]
cas imposons silence perpetuel a notredit procureur de Nantes et a tous
[259]
autres en vous mandant et mandons et a chacun de vous que de cesses
[260]
noz present quictance et pardon vous laisses plainement et paisiblement
[261]
jouyr et user lesdits suplians et chacun d'eulx sans que a cause dudit cas,
[262]
il leur soit faict mis ou donné en corps ou en biens en
[263]
maniere quelconque ores ne pour l'avenir aucun trouble
[264]
destourbier ou empeschement, car tel est notre plaisir ;
[265]
en tesmoins de quoy avons faict mectre notre seel a ces presentes.
[266]
Donné a Vennes, le xxvie jour de juillet l'an de grace mil vcxxxii
[267]
et de notre regne le dix oinctiesme.

Mandart