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Registre B34 Lettre n° 48

16/08/1532

<165 verso>
Remission pour Thomas Hubert, la verificacion
au juges de Rennes.
[1]
Francois, etc, a tous presens et advenir, savoir faisons, nous
[2]
avoir receu l'humble supplicacion des femme, enfans et amys
[3]
consanguins de notre subgect Thomas Hubert a present detenu
[4]
prisonnier es prisons de Martigne Ferchault soubz notre
[5]
juridicion de Rennes, Contenant come ou moys de janvier mil
[6]
cinq cens vingt huit, apres que ledit Thomas Hubert quel
[7]
est maczon et tillaceur*, fust allé besongner de sondit mestier
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en la paroisse de Villepotz ou diocese de Rennes ; et y avoir esté
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par quelque temps, il s'en retourna en la ville et bourg dudit
[10]
Martigné ou il et sa femme estoint et sont demourants,
[11]
et a son aryvee audit Martigné qui fut envyron le vingt
[12]
jour dudit moys de janvier sur le vespre, il s'en alla a la maison
[13]
d'un nommé Jehan Geslin demourant en ladite ville de Martigné,
[14]
en laquelle maison lesdits Thomas Hubert et Geslin beurent
[15]
assemblement deux ou troys pintes de cydre que ledit Hubert
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poya. Et apres qu'ilz eurent ainsi beu estant lors une
[17]
heure de nuyct, ledit Thomas prya ledit Geslin d'aller
[18]
jucques a sa maison et demourance veoirs sa femme et
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qu'il eust aporter ung pot de cydre pour boyre avec
[20]
sadite femme ce que ilz firent. Et a leur aryvee, trouverent
[21]
les femme et enffans dudit Hubert couchez, laquelle
[22]
se leva et alluma de la chandelle et leur mist une serviette
[23]
et du pain et de la chandelle sur la table. Et apres avoir eu
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entreulx quelques parolles de devises, envyron une demye <166 recto>
[25]
heure apres, arryva et entra en icelle maison feu Guillaume
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Guillou demourant oudit Martigné lequel [?autre?] en ladite maison
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commencza a deviser et dist audit Thomas Hubert entre aultres choses :
[28]
« Mon compere, j'ay saeze soubz a vous si voullez [?tennoyre?] au vin ! »
[29]
Et en l'endroict, ledit Hubert luy respondit : « Vous m'en debvez
[30]
plus ! »
Fort disant et confessant ledit Guillou qu'il pouroit
[31]
bien y avoir troys ou quattre soubz davantaige. Et lors
[32]
ledit Thomas Hubert dist audit Guillou qu'il avoyt une
[33]
obligacion sur luy de vingt soubz quattre deniers. En l'endroit
[34]
desquelles parolles desdits Hubert et Guillou, entrerent
[35]
en ladite maison dudit Hubert, maistre Pierres Gasnerel
[36]
et Nicolas Pyvert dudit Martigné ausquelz ledit Hubert
[37]
montra certaine obligacion signee de dom Jehan Garnache.
[38]
Et apres avoir les dessusdits leu ladite obligacion, disdrent
[39]
audit Hubert que icelle obligacion n'estoit gueres bien formee.
[40]
Sur quoy dist ledit Guillou audit Hubert par telles ou
[41]
semblables parolles : « Je scay bien que je vous doy xvi
[42]
soubz et non plus je ne foys pas cas de vous [?obligacions?] ! »

[43]
De quoy ledit Hubert deplesant dist audit Guillou : « Je te
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rendré excommunié dedans dimanche ! »
Et ledit Guillou respondit
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audit Hubert par telles parolles : « Ce ne sera pas vous Hubert !
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Vous n'estes que un faulx tesmoing ! »
A quoy ledit Hubert dist
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audit Guillou : « Encouraige-moy, come estoit a presumer !
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Va-t-en hors ma maison ! »
Et en ce disant, hurta ledit Guillou
[49]
et le fist brucher sur ladite femme dicelluy Hubert qui s'ecrya
[50]
disant avoir ung braz afollé*. Et apres icelluy Guillou
[51]
estre relevé, passa de l'autre costé de la table estant
[52]
ledit Hubert devers le feu et dist icelluy Guillou audit
[53]
Hubert : « Pourquoy me dites-vous que je sorte hors votre
[54]
maison ? La maison n'est pas votre, elle est a votre femme ! »

[55]
Et levant la main vers ledit Hubert, luy dist derechef :
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« Vous estes ung faulx tesmoin ! Si je vous eusse voullu croyre,
[57]
le greffier de ceste ville, Jehan Bonnyer, eust esté mené
[58]
au gibet et a tort ! »
Et lors ledit Hubert, irrité desdites injures,
[59]
evagina ung grant cousteau en maniere de malcus* qu'il
[60]
portoit a sa saincture duquel ledit Hubert en frappa ledit
[61]
Guillou deux ou troys coups sur la teste et sur l'espaule.
[62]
Et en l'instant, lesdits Nicolas Geslin, Guillou et Hubert s'en
[63]
yssirent hors ladite maison et eulx estans hors et pres
[64]
de l'huys dicelle, ledit Guillou s'adressa audit Hubert le
[65]
prenant et saesisant au corps, luy disant : « Je te foys prisonnier
[66]
de par le roy, tu es ung faulx tesmoin ! »
Et ledit Hubert se escouyt*
[67]
d'avec ledit Guillou tirant son chemyn vers la rue Valloyse,
[68]
ledit Guillou le poursuyvant et le prenant encores au corps
[69]
et disant : « Je te prans prisonnier come faulx tesmoin ! » Quoy voyant, ledit
[70]
Hubert poussa derechef ledit Guillou disant telles parolles : « Tu
[71]
ne cesseras meshuy* de me pourchassez ! »
Et ce disant evagina
[72]
evagina[sic] ledit Hubert ledit cousteau et en frappa ung seul <166 verso>
[73]
coup d'estoc ledit Guillou envyron la poictrine et ne scauroit
[74]
autrement dire en quel endroict obstant qu'il estoit nuyct. Et bien
[75]
tost apres avoir dit : « Ha ! mon compere, tu m'as tué ! » ledit Guillou
[76]
pour raison dudit coup, par faulte de pensement ou autrement,
[77]
alla sur le lieu de vie a trespas. A l'occasion de quoy, ledit
[78]
Hubert des lors s'absenta et craignant rigueur de justice,
[79]
fest par quelque temps tenu fugitiff durant lequel il a
[80]
esté par plusieurs foys convenu par la court dudit Martigné
[81]
sur ledit cas ou il n'a ozé comparoir, ains y a tousiours
[82]
deffailly et prest a mectre a forban. Nous remonstrans
[83]
lesdits suplians que ledit Hubert estant a present detenu prisonnier
[84]
come dit est en grande misere et calamité est pouvre home,
[85]
chargé de femme et plusieurs petitz enffans, et que auparavant
[86]
ledit cas advenu par cas fortuit et inoppiné, il s'est tousiours
[87]
bien troicté et gouverné sellon son estat sans jamays
[88]
avoir esté actaint ne accusé d'aucun mauvaix cas
[89]
digne de reprehension. Bien est vroy que depuys notre antree
[90]
en la ville de Martigné et avoir delivré ledit Hubert desdites
[91]
prisons icelluy Hubert et autres manuvriers estans audit
[92]
lieu besongnans de leur mestier en la maison du Sr
[93]
dudit Martigné et pour tant que lesdits manuvriers trouverent
[94]
du vin es caves et celliers de ladite maison en tillant*
[95]
sur l'un desdicts celiers, ilz prindrent et beurent dudit vin
[96]
sans le congié* ne licence dudit Seigneur de Martigné ne de
[97]
ses gens jucques a envyron vingt ou trante potz
[98]
duquel vin toutesfoiz par eulx ainsi beu ledit Hubert
[99]
et autres ont depuix composé et satisfaict icelluy Sr de Broin.
[100]
Et que le xiime jour de may dernier faisant notre joyeuse
[101]
et nouvelle antree en ladite ville de Martigné en ce
[102]
notredit pays, aurions faict ouvrir les prisons et carceres*
[103]
dudit lieu et en icelles trouvé ledit Hubert lequel aurions
[104]
faict mectre hors et luy donné terme de lever ses lettres de
[105]
grace jucques a troys moys, tré humblement, nous requerans
[106]
luy conceder et octroyer nosdites lettres. Pour ce est-il, etc,
[107]
concedees a venir.

de Kerguern