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Registre B34 Lettre n° 71

20/11/1532

<227 recto>
Remission pour Jehanne Gilloys, la verifficacion
aux juges de Nantes dont la teneur ensuilt. <227 verso>
[1]
Francois, etc, a tous presens et advenir, savoir faisons, nous avoir
[2]
receu l'humble supplicacion et requeste de notre pouvre subgecte
[3]
Jehanne Gilloys, femme de Francoys Crestien, mareschal,
[4]
demourans ou bourg d'Abarestz ou diocese de Nantes
[5]
soubz la juridicion de Nozay, a present estant en rachapt
[6]
a notre court de Nantes par le deceix et treppas
[7]
puis nagueres advenu de feue notre chere et
[8]
amee cousine dame Francoyse de Rieux, Contenant
[9]
que le lundi septiesme jour d'octobre derroin, ladite
[10]
suppliante et sondit mary allerent a la ville et bourgade
[11]
de Nozay au marché qui y est a pareil jour
[12]
chacune sepmaine. Et comme environ deux ou troys
[13]
heures apres midy dudit jour apres avoir audit marché
[14]
achaté du drap et faict leurs autres negoces et
[15]
asferes, voullans s'en retourner a leurs demourances,
[16]
se rendirent ladite suppliante et sondit mary a la
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maison et demourance de Olive Perreu exposant
[18]
vin en vente en ladite ville de Nozay pour
[19]
ledit Crestien prendre ung cheval qui y avoit
[20]
laissé, sur lequel il avoit apporté hachereaulx*
[21]
et autre ouvraige de son mestier a vandre audit
[22]
marché. Et estans entrez en ladite maison pres
[23]
l'huisserie dicelle, survint et arriva au devant
[24]
de ladite maison ung nomé Geffroy Crochet,
[25]
autrement appellé Rabast, de la parroisse de Treffieue
[26]
lequel dist ausdits Cretien et femme qu'il leur donneroit
[27]
pinte. Et deffaict fist tiree pinte de vin et comme
[28]
lesdits [?Crestien?] et Rabast beurent ledit vin, dist
[29]
celluy Rabast que le matin il avoit en
[30]
la maison de ladite Olive perdu ung sien cousteau
[31]
en beuvant avecques Thomas Jonchee et autres en
[32]
laquelle maison ou bas dicelle estoit encores
[33]
ledit Jonchee avecques une seur de sa femme, appellee
[34]
Pasquiere, femme de Jehan Dohin, et dom Julien Morel, <228 recto>
[35]
prebtre dudit Nozay. Et sur ladite complaincte que
[36]
faisoit ledit Rabast de ladite perte de cousteau, ladite
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suppliante dist telles ou conformes parrolles : « Thomas
[38]
est bon gars. Il ne vous fera rien perdre. »

[39]
Et lors, ledit Thomas Jonchee qui estoit pouvre
[40]
home, couvreur d'ardoyse, et lequel des le matin
[41]
estoit a boyre et yvrougner en ladite taverne oyant
[42]
lesdites parrolles soy leva de la table ou estoit assis
[43]
ou bas de ladite maison et se tira vers ladite suppliante
[44]
en maniere de courroux disant en jurant et
[45]
blaphemant dieu et tendant le poing clos contre la
[46]
face de ladite suppliante comme s'il l'en eust voulu fraper :
[47]
« Vieille vesse ! Putain ! Qu'esse a dire que bon gars ? »
[48]
Ou : « Pourquoy m'appelles-tu bon gars ? » Quelle
[49]
suppliante desplaisante de avoir esté ainsi injuriee,
[50]
donna audit Jonchee ung coup sur le visage. Et
[51]
sur ce, ledit Jonchee meu de mauvaise et damnable
[52]
volunté print et saisit tout en l'instant ladite supliante,
[53]
la descoueffa, print aux cheveux dont il luy en
[54]
arracha felonneusement* grande quantité. Et sur ce,
[55]
ladite suppliante print aussi ledit Jonchee aux
[56]
cheveux et de eulx s'aprocha ledit [?Crestien?] pour
[57]
les departir disant aux assistans que leur feust
[58]
souvenu de l'oultrage que faisoit a sa feme ledit
[59]
Jonchee. Et y eut sur ce grant bruyt et cry
[60]
de force, et s'aprochant ledit Crestien dudit Jonchee
[61]
qui tenoit ladite suppliante, celluy Jonchee print
[62]
ledit [?Crestien?] aux cheveux, l'abatit soubz luy en
[63]
la place, quel [?Crestien?] Crestien[sic] criant force et
[64]
ayde, dist audit Jonchee que l'eust lessé
[65]
et qu'il le tuoit. Neantzmoins ne se voullut ledit Jonchee
[66]
lever de desur ledit [?Crestien?], ains de plus en plus
[67]
le tiroit aux cheveux, le foulloit et batoit, le
[68]
print a la gorge, s'esforczant le voulloir estrangler
[69]
de force que ledit [?Crestien?] ne povoit parler. Quoy <228 verso>
[70]
voyant ladite suppliante qui encores estoit toute
[71]
eschevelee, s'aprocha dudit Jonchee s'esforczant
[72]
le tirer et oster de sur ledit [?Crestien?] ce qu'elle ne
[73]
peut fere. Et voyant qu'elle ledit Jonchee ne se
[74]
voulloit oster de dessus sondit mary qui plus ne
[75]
parloit, craignant qu'il l'eust estranglé et
[76]
qu'elle ne y avoit peu mectre autre remede,
[77]
tira ung petit cousteau poinctu trenche pain
[78]
qu'elle avoit pendu a sa seincture et dicelluy
[79]
frappa et donna de la poincte audit Jonchee
[80]
en une fesse jucques a effuzion de sang
[81]
qui touteffoiz n'estoit lieu mortel. Et neantzmoins
[82]
ne laissa ledit Jonchee foullez et baptre
[83]
ledit [?Crestien?] et l'eust tiré et occis si non que
[84]
la sourvint ledit Jehan Dohin, son beau frere,
[85]
qui a toute peine leva ledit Jonchee de dessur
[86]
celluy Crestien. Et apres que ledit Jonchee
[87]
fut relevé, fut mis hors ladite maison,
[88]
et en jurant et blaphemant dieu et donnant
[89]
menaces ausdits mariez rentra en ladite maison
[90]
et donna a ladite suppliante deux ou troys grans
[91]
coups de la main sur le visage l'appellant : « Putain ! »
[92]
et autres injures. Puis print et osta celluy Jonchee
[93]
les chappeau et bonnet dudit Crestien qui bien
[94]
valloient dix soulz tournois et par force les
[95]
emporta. Aussi fut durant ledit conflict
[96]
prins et robé a ladite suppliante ung pot de beure
[97]
qui luy avoit cousté oudit marché sept soulz.
[98]
A l'occasion duquel coup de cousteau ainsi donné
[99]
audit Jonchee comme dit est, il saigna et sortit grant
[100]
abondance de sang tant a cause qu'il estoit
[101]
fort boyté, esmeu et eschauffé que autrement,
[102]
combien que ledit coup n'estoit de soy mortel, <229 recto>
[103]
et aussi ne s'apercevoit ledit Jonchee d'avoir esté bleczé.
[104]
Toutesfoiz le dimanche ensuyvant, a raison dudit
[105]
coup par faulte de bon pensement ou autrement,
[106]
ledit Jonchee alla de vie a deceix. Et vroysemblablement
[107]
est a conjecturer que celluy Jonchee ne mourut
[108]
a cause dudit coup luy donné par ladite suppliante
[109]
quequessoit si ledit coup en a esté en quelque
[110]
partie occasion, celluy Jonchee a esté luy mesme
[111]
la cause de sa mort pour tant que dicelle playe
[112]
il ne se fist penser par cirurgien scavant.
[113]
Et ledit jour et depuix ne laissa ledit Jonchee
[114]
de aller a ses afferes, besongnes de sondit mestier
[115]
hanter les tavernes, boyre, yvrougner dont il estre
[116]
coustumer et sur la demande que on luy faisoit
[117]
qui s'estoit qui l'avoit blecé, disoit que ce
[118]
avoit esté ledit Dohin, son beau frere disant
[119]
qu'il ne luy en challoit et n'en faisoit cas et qu'il
[120]
s'en estoit bien revanché et aulcunement ne
[121]
s'en couscha jucques au vendredy precedent sondit
[122]
deceix. Nous remonstre oultre ladite suppliante quelle
[123]
et sondit mary sont pouvres gens chargez de plusieurs
[124]
enfans bien vivans et gouvernans sans jamais
[125]
avoir esté reprinse de cas de malefice, et que
[126]
ledit Jonchee estoit pouvre home marié et n'avoit
[127]
nulz enfans ; et dudit cas avoir les officiers de Nozay procedé
[128]
a enqueste et sur icelle decreté aiournement personnel sur lesdits
[129]
Crestien et suppliante, lesquelz comparoissans a leur terme apres
[130]
lesdites enquestes veues, furent mis en arrest et eslargiz
[131]
o caution juratoire de comparoir a leurs termes. Et doubtent
[132]
lesdits supplians que l'on veille [?ps?] elle procedé a rigueur de justice.
[133]
Et a ceste cause, nous a supplyé et requis dudit cas luy
[134]
impartir noz lettres de grace et remission sur ce convenables.
[135]
Tres humblement, nous requerant icelles, pour quoy nous, etc.

Rocaz